La République démocratique du Congo renforce sa riposte contre l’épidémie d’Ebola. Le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Dr Samuel Roger Kamba, a réceptionné ce vendredi 21 août 2026, à l’aéroport international de N’djili, les premières doses de vaccin destinées à soutenir les efforts de lutte contre la maladie. Au total, 16 520 doses de vaccins sont arrivées à Kinshasa, sur les 50 120 doses attendues entre le 21 et le 24 août. Cette dotation est financée avec l’appui de Gavi et de plusieurs partenaires internationaux.
Ces vaccins, fabriqués en Allemagne par le laboratoire MSD, ont transité par la Suisse, le Luxembourg et la Belgique avant d’être acheminés vers la RDC. Leur arrivée représente un renforcement important du dispositif sanitaire, alors que les autorités cherchent à ralentir la propagation du virus et à protéger en priorité les personnes les plus exposées. L’Organisation mondiale de la Santé et ses partenaires ont par ailleurs annoncé une allocation internationale de vaccins Ervebo à la RDC, dont une partie doit servir à un essai clinique de phase 3 destiné à déterminer leur éventuelle protection contre le virus Bundibugyo.
Mais de quel vaccin s’agit-il exactement ?
Le vaccin concerné est Ervebo, également désigné sous le nom scientifique rVSV-ZEBOV. Il s’agit d’un vaccin vivant recombinant basé sur le virus de la stomatite vésiculaire, modifié afin de produire une protéine du virus Ebola. L’objectif est de stimuler le système immunitaire pour qu’il puisse reconnaître et combattre le virus. Ervebo est administré en une seule dose et constitue actuellement le seul vaccin homologué et préqualifié par l’OMS contre la maladie à virus Ebola provoquée par l’ebolavirus Zaïre selon l’Organisation mondiale de la santé.

Son efficacité a déjà été démontrée lors de précédentes épidémies de maladie à virus Ebola. Dans un essai de vaccination en anneau, le vaccin a notamment montré une forte protection contre le virus Ebola, avec une efficacité estimée à 100 % dans l’analyse principale, même si certaines incertitudes subsistent sur la durée et le niveau exact de protection. C’est cette expérience qui explique l’importance accordée à Ervebo dans les stratégies internationales de préparation et de riposte contre les épidémies d’Ebola.
Cependant, la situation actuelle en RDC présente une difficulté majeure. L’épidémie en cours est provoquée par le virus Bundibugyo, et non par le virus Ebola Zaïre contre lequel Ervebo est homologué. À ce jour, aucun vaccin n’est homologué spécifiquement contre la maladie à virus Bundibugyo. L’OMS estime que certaines données de laboratoire et des études animales laissent espérer une protection partielle, mais les preuves disponibles restent insuffisantes pour mesurer de manière fiable l’efficacité du vaccin chez l’être humain.

Cette nuance est essentielle pour comprendre ce que cette acquisition peut réellement changer. L’arrivée des doses ne signifie donc pas que l’épidémie est désormais maîtrisée, ni que toutes les personnes vaccinées seront automatiquement protégées contre le virus Bundibugyo. Une partie des doses doit justement permettre de conduire un essai clinique de phase 3 afin d’obtenir des réponses scientifiques solides. En parallèle, les recommandations de l’OMS prévoient notamment de renforcer la protection des travailleurs de santé et des intervenants de première ligne, particulièrement exposés au risque de contamination.
L’enjeu dépasse ainsi la simple réception de vaccins à Kinshasa. Cette opération offre à la RDC une occasion d’accélérer la recherche sur une maladie pour laquelle les armes médicales restent limitées. L’OMS avait identifié comme candidat particulièrement prometteur un vaccin spécifique contre le virus Bundibugyo, le rVSV Bundibugyo, conçu pour être administré en une dose. Son développement doit toutefois encore franchir plusieurs étapes avant une évaluation clinique complète de son efficacité.

Pour les prochains jours, la vaccination devra donc s’accompagner d’une surveillance épidémiologique rigoureuse, du dépistage rapide des cas, du suivi des contacts, de la prise en charge des malades et du respect des mesures de prévention dans les structures de santé et les communautés. L’arrivée de ces 16 520 premières doses constitue une avancée importante dans la riposte contre Ebola en RDC. Mais son véritable impact dépendra surtout de la capacité des autorités et de leurs partenaires à combiner vaccination, recherche scientifique, soins et surveillance pour transformer cette nouvelle arme en un véritable outil de contrôle de l’épidémie.
Teddy Gile




