L’accès à l’eau potable demeure l’un des plus grands défis de développement en Afrique, et la République démocratique du Congo n’échappe pas à cette réalité. Prenant la parole ce mercredi au Forum africain de l’eau organisé à N’Djamena, au Tchad, le président Félix Tshisekedi a lancé un appel fort en faveur d’une nouvelle approche de la gestion de l’eau. Pour le chef de l’État congolais, il est désormais impossible de traiter la question de l’eau de manière isolée face aux défis sanitaires, éducatifs et agricoles qui frappent le continent.
Devant plusieurs chefs d’État africains et partenaires internationaux, Félix Tshisekedi a plaidé pour une gestion intégrée des ressources en eau. Selon lui, l’eau doit être considérée comme le socle du développement durable, car elle influence directement la santé publique, la qualité de l’éducation, la sécurité alimentaire et la croissance économique. Cette vision rompt avec les politiques sectorielles qui ont souvent montré leurs limites.
Le président de la République a insisté sur le fait que les crises sanitaires récurrentes en Afrique trouvent en grande partie leur origine dans le manque d’accès à une eau potable de qualité et à des infrastructures d’assainissement adaptées. Les maladies hydriques continuent de faire des milliers de victimes chaque année, particulièrement parmi les enfants, tandis que les établissements scolaires et les structures sanitaires restent confrontés à de graves déficits en matière d’hygiène.
Pour la RDC, Félix Tshisekedi a fixé une feuille de route ambitieuse à l’horizon 2035. Son objectif est de permettre à plus de la moitié de la population congolaise d’accéder à l’eau potable directement à domicile. Dans un pays où des millions de personnes parcourent encore chaque jour plusieurs kilomètres pour trouver de l’eau, cette ambition représente un véritable changement de paradigme susceptible de transformer durablement les conditions de vie.
Le chef de l’État souhaite également que 80 % des écoles et des hôpitaux congolais soient équipés d’infrastructures modernes d’eau, d’hygiène et d’assainissement d’ici 2035. Cet engagement vise à protéger les élèves, les patients et le personnel soignant contre les maladies liées à l’insalubrité, tout en améliorant les performances scolaires et la qualité des soins dans l’ensemble du pays.
Cette vision intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Malgré son immense potentiel hydrique, la République démocratique du Congo compte encore des millions d’habitants privés d’un accès régulier à une eau potable sécurisée. Dans de nombreuses provinces, les populations continuent de consommer de l’eau provenant de rivières, de puits non protégés ou de sources exposées à diverses contaminations, augmentant ainsi les risques d’épidémies.
Les conséquences de cette situation dépassent largement le seul domaine de la santé. Le manque d’eau freine également le développement agricole, réduit les rendements des exploitations familiales, compromet la sécurité alimentaire et accentue la pauvreté. Les établissements scolaires souffrent aussi de l’absence de sanitaires adéquats, favorisant l’abandon scolaire, notamment chez les jeunes filles.
En proposant de relier l’eau à la santé, à l’éducation et à l’agriculture, Félix Tshisekedi entend mobiliser les investissements publics et les partenaires techniques autour d’une stratégie unique capable de produire des résultats durables. Cette approche intégrée pourrait permettre d’optimiser les financements et d’accélérer la réalisation des Objectifs de développement durable liés à l’eau et à l’assainissement.
Les défis restent toutefois considérables. La concrétisation de cette vision nécessitera des investissements massifs dans les infrastructures hydrauliques, l’entretien des réseaux de distribution, la protection des ressources en eau, ainsi qu’une gouvernance rigoureuse afin d’éviter les retards et les détournements qui ont longtemps ralenti les projets du secteur.
À travers son intervention au Forum africain de l’eau, le président Félix Tshisekedi a voulu faire de l’accès à l’eau potable une priorité stratégique pour la RDC et pour l’Afrique. Son message est clair : sans une gestion intégrée de l’eau, il sera difficile de vaincre durablement les maladies, d’améliorer l’éducation et de garantir la sécurité alimentaire. Un défi immense qui déterminera, en grande partie, l’avenir de millions de Congolais au cours des prochaines décennies.
Teddy Gile




