La scène judiciaire congolaise s’apprête à vivre un moment décisif avec la nouvelle convocation de Constant Mutamba devant la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe. Fixée au 5 mai prochain, cette comparution pourrait marquer sa première apparition publique depuis sa condamnation, dans un contexte où l’affaire FRIVAO continue de susciter une vive attention tant sur le plan politique que judiciaire. Cette décision, prise lors de l’audience du 30 avril, relance un dossier déjà chargé en révélations et en tensions.
Au cœur de cette procédure se trouve le présumé détournement des fonds du FRIVAO (Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC). Les juges cherchent à éclaircir les responsabilités dans des opérations financières estimées à plusieurs dizaines de millions de dollars. La convocation de Constant Mutamba intervient ainsi dans une phase cruciale du procès, où les témoignages commencent à dessiner les contours d’une chaîne décisionnelle complexe.
Lors des audiences récentes, le directeur général intérimaire du FRIVAO a affirmé avoir exécuté des paiements dépassant les 50 millions de dollars sur instruction directe de l’ancien ministre. Ces opérations auraient été effectuées avant même l’obtention de l’avis de non-objection de la DGCMP, une étape pourtant essentielle dans les procédures de passation des marchés publics. Cette déclaration constitue l’un des éléments les plus sensibles du dossier.
Un autre point clé des débats concerne l’implication présumée de Constant Mutamba dans la sélection de la société Congo Energy. Selon Chançard Bolukola, c’est l’ex-ministre lui-même qui aurait choisi cette firme pour la réhabilitation de la centrale de la Tshopo, avant d’ordonner le paiement d’un montant de 4 millions de dollars. Cette affirmation place directement l’ancien responsable politique au cœur des décisions incriminées.
L’audience a également été marquée par la lecture d’une correspondance attribuée à Constant Mutamba. Dans ce document, il aurait donné instruction de conclure « sans délai » un contrat avec Congo Energy. Cette pièce, désormais versée au dossier, renforce la thèse d’une implication directe et volontaire dans les opérations contestées, consolidant ainsi les arguments de l’accusation.
Par ailleurs, le témoignage de Teddy Lwamba a apporté un éclairage technique sur les procédures administratives en vigueur. Il a rappelé que la gestion contractuelle ne relève pas du ministère des Ressources hydrauliques, mais de celui du Portefeuille. Tout en soulignant certaines irrégularités, il a mis en évidence un possible dépassement des compétences institutionnelles dans ce dossier.
Ces différents témoignages convergent vers une même interrogation : jusqu’à quel point les décisions politiques ont-elles influencé les mécanismes financiers du FRIVAO ? La justice tente désormais de déterminer si ces actes relèvent d’une simple mauvaise gestion ou d’une volonté délibérée de contourner les règles établies. Dans ce contexte, la comparution de Constant Mutamba pourrait apporter des réponses déterminantes.
L’enjeu dépasse largement le cas individuel de l’ancien ministre. Cette affaire met en lumière les défis persistants liés à la gouvernance des fonds publics en République démocratique du Congo. Elle soulève également des questions sur la transparence, la redevabilité et le respect des procédures dans la gestion des ressources destinées à des causes sensibles, notamment l’indemnisation des victimes.
À quelques jours de cette audience très attendue, l’opinion publique reste suspendue à l’évolution du dossier. La présence de Constant Mutamba devant la Cour pourrait non seulement influencer l’issue du procès, mais aussi marquer un tournant dans la perception de la lutte contre la corruption en RDC. Ce rendez-vous judiciaire du 5 mai s’annonce ainsi comme un moment charnière pour la justice congolaise.
Teddy Gile




