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L’OIF a-t-elle besoin d’hommes forts ou d’une organisation forte qui produit des résultats ?

Une tribune de Isidore KWANDJA NGEMBO

Depuis que nous avons exprimé un intérêt pour le poste de secrétaire général de la Francophonie, nous ne cessons de recevoir des commentaires du genre : « tu as un CV solide ; as fait des grandes études ; as beaucoup d’expérience en administration publique ; as réussi à organiser les Jeux de la Francophonie à Kinshasa alors que nombreux n’y croyaient plus ; as fait rayonner la Francophonie à travers le monde ; mais tu n’as jamais été ministre », comme si, pour bien gérer une organisation internationale il faut absolument avoir été ministre.

Quand j’entends les gens me répéter ce même refrain, cela me fait sourire. C’est vrai que je n’ai pas porté ce titre de « Ministre » comme mon aîné Robert Beugré Mambé qui a organisé la huitième édition des Jeux de la Francophonie à Abidjan en Côte-d’Ivoire et actuel premier ministre, mais les responsabilités que j’ai assumées, dans le cadre de l’organisation des Jeux de la Francophonie, dépassent celles de certains ministres. Cela prouve à suffisance notre leadership éprouvé et notre capacité managériale, notre rigueur dans la gestion des projets complexes et l’atteinte des résultats. De plus, j’ai eu le privilège de travailler près d’une vingtaine d’années dans une administration publique bien structurée, caractérisée par une hiérarchie claire, d’une neutralité à tous égards, d’une égalité de traitement sans faille et qui repose sur une gestion rigoureuse des ressources financières et humaines basée sur le mérite, des procédures standardisées et une séparation fonctionnelle des responsabilités et des tâches strictes. J’ai baigné dans cet environnement de travail qui a enrichi et façonné de manière unique ma personnalité, ma rigueur et le sérieux que je mets dans le travail bien fait.

En effet, si nous prenons l’exemple de la plus vieille organisation internationale au monde, la plus grande et la mieux dotée en moyens financiers, humains et matériels, à savoir l’Organisation des Nations unies (ONU), nous allons observer qu’aucun secrétaire général des Nations unies n’a assumé antérieurement les fonctions de président de la République. Tous ceux qui se sont succédés à ce poste ont été soit des ministres, soit des ambassadeurs, soit des hauts fonctionnaires.

*Le tout premier secrétaire général des Nations unies, Trygve Lie (1946-1952) a été ministre norvégien des Affaires étrangères.

* Le deuxième, Dag Hammarskjöld (1953-1961) a été vice-ministre suédois des Affaires étrangères et sera nommé plus tard ministre sans portefeuille, avant de devenir secrétaire général des Nations unies.

* Le troisième, U Thant (1961-1971) a été représentant permanent birman aux Nations unies et n’a jamais été ministre dans son pays.

* Le quatrième, Kurt Waldheim (1972-1981) a été ministre autrichien des Affaires étrangères et est devenu président autrichien, après son mandat aux Nations unies, de 1986 à 1992.

* Le cinquième, Javier Pérez de Cuéllar (1982-1991) a été ambassadeur et est devenu ministre péruvien des Affaires étrangères pendant 8 mois seulement, après avoir été secrétaire général des Nations unies.

* Le sixième, Boutros Boutros-Ghali (1992-1996) a été ministre égyptien des Affaires étrangères pendant 5 mois seulement, avant de devenir secrétaire général des Nations unies.

* Le septième, Kofi Annan (1997-2006) a été haut fonctionnaire aux Nations unies et n’a jamais été ministre ghanéen, avant de devenir secrétaire général des Nations unies.

* Le huitième, Ban Ki-moon (2007-2016) a été ministre sud-coréen des Affaires étrangères, avant de devenir secrétaire général des Nations unies.

* Le neuvième et actuel secrétaire général, António Guterres (2017-2026) est le seul qui a été premier ministre portugais, avant de devenir secrétaire général des Nations unies.

Si nous regardons plus près de nous au Commonwealth, le pendant de l’OIF, tous les secrétaires généraux qui se sont succédés à la tête du Commonwealth depuis 1965 à ce jour, aucun d’entre eux n’a assumé antérieurement les fonctions de président de la République ni même de chef du gouvernement.

Le premier secrétaire général du Commonwealth, Arnold Smith (1965-1975) diplomate canadien ; Shridath Ramphal (1975-1990) ministre guyanien des Affaires étrangères ; Emeka Anyaoku (1990-2000) diplomate nigérian ; Don McKinnon (2000-2008) ministre néo-zélandais des Affaires étrangères ; Kamalesh Sharma (2008-2016) diplomate indien et haut fonctionnaire des Nations unies ; Patricia Scotland (2016-2025) haut fonctionnaire d’Irlande du Nord ; Shirley Ayorkor Botchwey (2025-) ministre ghanéen des Affaires étrangères.

L’Organisation Internationale de la Francophonie ne doit pas faire bande à part et donné l’impression que le poste de secrétaire général est une maison de retraite dorée. Et d’ailleurs ce critère avait déjà volé en éclats avec la désignation de l’actuelle secrétaire générale de la Francophonie qui n’a jamais été présidente de la République ni cheffe du gouvernement.

Le contexte international actuel est tel que les organisations multilatérales ont davantage besoin de la bonne gouvernance et priorisent des résultats à la clé. Les populations francophones ont également besoin d’une Francophonie comme moteur majeur de compétitivité et de croissance économique fondée sur l’innovation et la création d’emplois qualifiés au sein de l’espace francophone. Ainsi, la meilleure façon de promouvoir la langue française est de donner une impulsion à la Francophonie économique pour retenir les jeunes francophones dans les universités francophones et même attirer les jeunes d’autres zones linguistiques à apprendre la langue française, dans la mesure où elle offre des opportunités d’emplois. Et, c’est ça notre leitmotiv.

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