Le ciel congolais perd une liaison internationale importante. Turkish Airlines ne prévoit désormais plus de reprendre ses vols entre Istanbul et Kinshasa dans ses programmes futurs actuellement publiés. La compagnie turque avait pourtant présenté, en avril 2026, la suspension de cette desserte comme une mesure temporaire, avec une reprise envisagée après le 24 octobre. Cette perspective a finalement disparu des programmes de vols, dans le cadre d’une réorganisation plus large du réseau africain de Turkish Airlines.
La première annonce remonte au 24-25 avril 2026. Turkish Airlines avait alors décidé de suspendre plusieurs liaisons internationales, dont Kinshasa, à partir de mai. Pour la capitale congolaise, le dernier vol était prévu au début du mois de mai. La compagnie avait fixé au 24 octobre la date théorique de reprise. Elle expliquait cette décision par l’augmentation significative de ses coûts d’exploitation, au niveau national comme international.
Pourquoi les coûts sont-ils devenus déterminants ? Le transport aérien est particulièrement sensible au prix du carburant, mais aussi aux dépenses liées aux opérations, à la maintenance, aux équipages, aux droits aéroportuaires et à la logistique. Au premier semestre 2026, Turkish Airlines a enregistré une forte hausse de sa facture de carburant, à 4,32 milliards de dollars, soit 55,1 % de plus sur un an. Dans le même temps, son bénéfice net a reculé de 34,6 %, malgré une progression de ses recettes. Cette pression financière a rendu nécessaire une sélection plus stricte des lignes à maintenir.
Kinshasa n’est toutefois pas un cas isolé. Turkish Airlines avait annoncé la suspension de 18 destinations internationales dans le cadre de l’ajustement de son programme pour 2026. En Afrique, plusieurs capitales ont été concernées, notamment Juba, Libreville, Luanda et Lusaka. La liaison Istanbul-Kinshasa était par ailleurs intégrée à une organisation de vols triangulaires avec Luanda. Ce type de montage permet de desservir plusieurs marchés avec le même appareil, mais il devient plus difficile à rentabiliser lorsque les coûts d’exploitation augmentent fortement.
Il faut aussi écarter une explication qui a circulé après l’annonce de la suspension. Turkish Airlines n’a pas officiellement invoqué une mauvaise gestion de l’aéroport international de N’Djili. Une vérification publiée par l’Agence congolaise de presse a confirmé que la compagnie avait elle-même justifié sa décision par la hausse des coûts d’exploitation. De même, aucun élément public ne permet d’affirmer que Turkish Airlines aurait quitté Kinshasa parce que la demande des passagers congolais était insuffisante. La compagnie n’a pas publié de données détaillées sur la rentabilité ou le taux de remplissage propres à cette ligne.

Le changement annoncé en septembre est donc majeur. Alors qu’une reprise était initialement attendue après le 24 octobre, Kinshasa a été retirée des programmes futurs actuellement publiés par Turkish Airlines. Cette évolution concerne également plusieurs autres destinations africaines. Elle traduit surtout un arbitrage de réseau et de coûts. Il reste toutefois plus prudent de parler d’un retrait de la desserte de Kinshasa dans les programmes publiés plutôt que d’une fermeture définitive irréversible du marché congolais, car les programmes des compagnies aériennes peuvent encore être modifiés.
Pour les voyageurs congolais, la conséquence est immédiate : une porte d’accès directe au hub d’Istanbul disparaît. Or Istanbul permettait de poursuivre le voyage vers de nombreuses destinations européennes, asiatiques et du Moyen-Orient. La fin de cette liaison signifie donc moins de choix au départ de Kinshasa et pourrait obliger certains passagers à privilégier d’autres hubs. Elle touche aussi les voyageurs d’affaires, les familles, les touristes et, plus largement, les échanges commerciaux qui bénéficiaient de cette connectivité internationale.
Ce retrait intervient cependant au moment où Air Congo accélère son développement. La compagnie nationale, détenue à 51 % par l’État congolais et à 49 % par Ethiopian Airlines, a considérablement élargi son réseau depuis son lancement en décembre 2024. Elle dessert désormais plusieurs villes congolaises et régionales et a ouvert des liaisons internationales, notamment vers Bruxelles et Paris. Son premier vol direct Kinshasa-Paris a été effectué en août 2026, après l’ouverture de Kinshasa-Bruxelles.
Le retrait de Turkish Airlines crée ainsi un espace que Air Congo peut chercher à exploiter, sans que cela signifie automatiquement qu’elle puisse remplacer la compagnie turque à court terme. Pour reprendre une partie de ce trafic, il faudrait notamment disposer d’une capacité long-courrier suffisante, proposer des fréquences adaptées, garantir la régularité des opérations et construire des correspondances efficaces. Air Congo dispose déjà d’un partenariat stratégique avec Ethiopian Airlines et poursuit l’expansion de sa flotte et de son réseau. Un cinquième appareil, un ATR 72 de 72 places, a notamment été réceptionné en mai 2026 pour renforcer les dessertes nationales et régionales.
Parallèlement, le retrait de Turkish Airlines intervient alors que le marché congolais attire de nouveaux acteurs du Golfe. Emirates avait annoncé un projet de desserte de Kinshasa, avec un programme préliminaire prévu en 2027, mais cette programmation a ensuite été retirée du site Emirates SkyCargo et restait donc susceptible de modification. En revanche, Etihad Airways a depuis confirmé officiellement Kinshasa dans son expansion africaine : la liaison Abu Dhabi-Kinshasa est annoncée à partir de mars 2027, avec trois fréquences hebdomadaires. Pour la RDC, cette arrivée annoncée pourrait donc ouvrir une nouvelle connexion directe vers le Moyen-Orient et, via Abu Dhabi, vers d’autres marchés internationaux.
Teddy Gile




