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Tchad : pourquoi l’opposant Succès Masra a décidé de suspendre sa grève de la faim

Après plusieurs jours de silence et d’inquiétudes autour de son état de santé, l’opposant tchadien Succès Masra a annoncé ce week-end la suspension de la grève de la faim qu’il avait entamée pour dénoncer ce qu’il qualifie de persécutions politiques et d’instrumentalisation de la justice à son encontre. Le président du parti Les Transformateurs dit avoir pris cette décision « par respect pour la vie et pour continuer le combat autrement ».

Cette grève de la faim avait été déclenchée en réaction à une série d’accusations portées contre lui par les autorités tchadiennes. Il est soupçonné d’avoir tenu des propos jugés inflammatoires avant les affrontements communautaires meurtriers survenus à Mandakao en mai dernier. Ces accusations, qu’il rejette fermement, ont entraîné une mobilisation de ses partisans et des réactions dans les cercles de la société civile.

Dans un message diffusé depuis son lieu de repos, Succès Masra affirme avoir reçu de nombreux appels à suspendre son mouvement, notamment de la part de leaders religieux, de membres de la diaspora tchadienne et de personnalités africaines engagées pour les droits humains. Il dit vouloir répondre à cet appel « pour préserver la force du message » et rester debout face à ce qu’il qualifie de manœuvres politiques.

Les partisans de Masra saluent un acte de courage et de sagesse. Pour eux, cette grève a permis de braquer les projecteurs sur une situation qu’ils jugent injuste et de dénoncer les atteintes aux libertés fondamentales dans le pays. « Il a prouvé qu’il est prêt à aller jusqu’au bout, même au prix de sa santé », a déclaré un cadre des Transformateurs.

Du côté des autorités, peu de commentaires ont été émis jusqu’ici. Mais certains proches du pouvoir estiment que ce genre de mouvement frôle la provocation, dans un contexte politique encore fragile après la présidentielle de mai 2024, remportée par Mahamat Idriss Déby.

La suspension de la grève de la faim ne signifie pas pour autant la fin de la crise. Masra maintient ses accusations contre le régime en place et continue d’exiger l’arrêt des poursuites judiciaires à son encontre, qu’il juge infondées et motivées par la volonté de neutraliser l’opposition.

Alors que le climat politique reste tendu, cette décision de Masra pourrait ouvrir une brèche pour une désescalade, à condition que le dialogue soit réellement ouvert. Pour l’instant, le bras de fer entre pouvoir et opposition se poursuit, avec en toile de fond, une société civile de plus en plus vigilante.

Teddy Gile

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