La tempête institutionnelle est visiblement loin de s’éloigner de la province du Sud-Ubangi. Une nouvelle scène du chaos s’est ajouté à la longue liste ce lundi 27 octobre 2025 à Gemena, siège des institutions provinciales. Ce qui devait être une simple question orale avec débat adressée au gouverneur Michée Mobonga Lobo s’est rapidement transformé en une violente motion de défiance, plongeant l’institution dans un désordre inquiétant. La plénière, dirigée par le président Malachie Adugbia, a viré au chaos, révélant un profond malaise entre l’organe délibérant et l’exécutif provincial.
À l’origine de ce tumulte politique l’imbroglio qui a accompagné cette démarche parlementaire et qui a finalement fait appel à l’article 147 du règlement intérieur, invoqué par le vice-président Papy Malumba Ndoko, qui rappelle l’obligation du gouverneur de répondre aux questions orales des députés. Son absence ou refus de s’y soumettre constitue, selon la loi, un outrage passible de sanctions sévères, dont la redoutable motion de défiance. « J’invite les honorables députés à signer cette motion contre le gouvernement provincial », a-t-il lancé, déclenchant une vague de réactions dans l’hémicycle.
Bien avant, le climat était déjà d’ailleurs très électrique avant même cette intervention. Le groupe parlementaire MLC et Alliés avait exigé l’exécution d’un arrêt de la Cour constitutionnelle réhabilitant cinq députés déchus.
Une motion de procédure portée par le député Coco Mbonzi a remis en question la régularité de la séance, arguant que « l’Assemblée ne peut siéger avec des non-députés ». Une déclaration qui a mis le feu aux poudres et ouvert la voie à une confrontation verbale violente.
Mais le chaos ne s’est pas arrêté aux joutes oratoires. À l’arrivée du gouverneur à l’Assemblée, accompagné de ses militants chauffés en blanc, les affrontements ont éclaté aussitôt avec les forces de l’ordre, ce qui a dégénéré en échange de projectiles. Un agent de police a même été blessé dans les échauffourées. Dans la foulée de ces faits, une sanction disciplinaire a été prise à l’encontre du député Say Say Yambuka, suspendu pour cinq plénières pour trouble à l’ordre public.
Un climat de tension qui reflète une fracture institutionnelle préoccupante. Entre bras de fer juridique, conflits de légitimité et montée de la violence, la province qui peine à décoller est en train de devenir une poudrière politique.
Les institutions nationales pourraient être forcées d’intervenir vite et avec rigueur pour rétablir l’ordre et garantir le respect des règles démocratiques.
La province du Sud-Ubangi traverse un moment critique. Ce désordre institutionnel pose la question de la stabilité politique locale et de la capacité des élus à dialoguer dans le respect des lois.
Pour l’instant, en moins de 24 heures, près de 20 députés provinciaux ont déjà apposé leur signature à la motion de défiance. Un chiffre suffisant pour faire vaciller le gouvernement provincial, dont la survie politique est désormais suspendue à un fil. Le gouverneur Michée Mobonga fait face à l’une des plus graves crises de son mandat, à quelques mois de la fin de la législature provinciale.
De notre correspondant à Gemena dans le Sud-Ubangi, Fiston Ngala Alexandre




