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ESSENTIEL INFO

RDC : quand le détournement devient une compétition nationale et patrimoine immatériel

Il ne se passe pas un jour en République Démocratique du Congo sans qu’un nouveau détournement ne fasse la une. Pas une semaine sans qu’un « honorable », un Directeur Général ou un « excellence » ne soit soupçonné d’avoir confondu le Trésor public avec sa poche personnelle. À croire que le pays fonctionne à l’envers : pendant que le peuple croupit dans la misère et obligé de se serrer la ceinture, d’autres s’élargissent les poches.

Des millions de dollars volatilisés par-ci, des projets fantômes par-là, des commissions qui ne commissionnent rien, et toujours ce refrain : « Une enquête est en cours ». Enquête qui, comme les routes, commence toujours… mais n’arrive jamais à destination.

On en est même à se demander si le détournement ne devrait pas figurer sur les armoiries nationales, entre la lance et le léopard. Une sorte d’art de vivre, un talent particulier, une spécialité locale exportable. Après tout, qui d’autre dans le monde peut faire disparaître 10 millions en un clic, sans fumée, sans trace et sans sueur ?

En République Démocratique du Congo, chaque matin se lève avec un nouveau scandale, chaque soir se couche sur un communiqué rassurant. Entre les deux, plusieurs millions de dollars prennent la fuite. Mais qui les rattrape ? Personne. Même pas la justice, qui souvent semble équipée de baskets trouées.

Les détournements sont devenus un genre à part entière, avec leurs stars, leurs figurants et leurs scénaristes bien rodés. Les budgets publics sont gérés comme une caisse noire familiale, où l’on pioche sans remords, pendant que les hôpitaux tombent en ruines et que les enseignants courent après des salaires-fantômes.

Le plus fascinant, c’est la banalité du scandale. Même les chiffres ne choquent plus. « 10 millions détournés » ? Pas mal. « 20 millions volés sur un projet fictif » ? Ah, classique. Il faudrait probablement qu’un détournement atteigne le PIB entier du pays pour qu’on fronce un sourcil.

Une petite dénonciation parfois et une promesse des poursuites jusqu’à ce qu’un autre détourneur surgisse et remplace le précédent dans les journaux. L’actualité politique en RDC ressemble à un manège de voleurs en rotation.

La justice, elle, fait ce qu’elle peut : quelques interpellations musclées pour calmer l’opinion, puis une longue pause, histoire de laisser le temps aux accusés de devenir sénateurs, chefs de parti ou… un élu couvert des immunités. Apparemment, plus on détourne, plus on monte.

La vraie question n’est plus « qui a détourné ? » mais « qui n’a pas encore détourné ? ». Parce qu’ici, l’intégrité est devenue suspecte. Un haut fonctionnaire pauvre, ça inquiète. Un ministre honnête, ça sent le piège.

Alors, chers concitoyens, restons à l’écoute. Le prochain braqueur de la République est peut-être déjà nommé, déjà en poste… et sûrement très occupé à préparer son plan. Le tout, bien sûr, en consultant le budget.

Teddy Gile

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