À l’approche de la formation du nouveau gouvernement tel que l’a annoncé le President Félix Tshisekedi, Kinshasa ne dort plus. Pas à cause d’une insécurité accrue ou d’un séisme politique, mais parce que journalistes, féticheurs, marabouts et “influenceurs” autoproclamés sont tous réquisitionnés. Dans cette nouvelle course aux postes ministériels, les CV cèdent la place aux calebasses mystiques, et les diplômes aux offrandes bien ciblées. Le surnaturel flirte désormais officiellement avec la République.
Pendant que les communicateurs planchent sur des bilans plus cosmétiques que concrets, les ministres actuels découvrent subitement leur amour pour les médias et la communication. Plateaux TV surchauffés, bilans de cinq lignes publiés en dix tweets, génériques vidéos dignes de Netflix : tout est bon pour rappeler qu’ils existent… et qu’ils « ont bien travaillé » (selon eux). Tout doit été publié ou posté car dans cette République, l’image peut valoir un siège.
Mais là où les uns investissent dans la 4G, d’autres préfèrent le wifi ancestral. Bougies noires, chaînes invisibles, poules égorgées au petit matin… les sanctuaires de périphérie ne désemplissent pas. Un marabout, contacté sous anonymat, affirme même qu’un client aurait demandé : « Juste un ministère, même sans budget ! ». L’ambition a ses priorités.
Dans les coulisses du pouvoir, certains réseaux familiaux s’activent plus que les commissions parlementaires. Cousins, belles-sœurs, parrains, oncles par alliance : tout le monde connaît “quelqu’un à la Présidence”. Et chaque “bonjour” devient un lobbying déguisé. Si vous recevez subitement des appels d’anciens camarades de promo : méfiez-vous, ils veulent peut-être un ministère.
Mais attention, ce concours de séduction mystico-politique pourrait bien alourdir encore plus la machine gouvernementale déjà à moitié paralysée. Remaniement rime souvent avec lenteur, conflits de compétence et querelles internes. L’effervescence actuelle ressemble davantage à un casting de télé-réalité qu’à une démarche de redynamisation de l’action publique.
Et si l’on décidait, pour une fois, que la compétence, l’intégrité et la vision du pays priment sur les incantations et les jolis montages vidéo? Trop idéaliste ? Peut-être. Mais pendant que certains multiplient les selfies en chantier ou dans des salles de rédaction, le peuple attend toujours l’électricité, la sécurité et un panier de la ménagère respirable.
L’intégration de l’opposition dans ce prochain gouvernement pourrait aussi bien calmer les tensions que les enflammer. Car en RDC, l’unité gouvernementale dure souvent jusqu’au premier partage de budget. Et les alliés d’hier deviennent très vite les critiques du lendemain…
Au fond, la vraie urgence n’est pas dans la composition du prochain gouvernement mais dans la paix, la stabilité et le bien-être du peuple. Si seulement nos élites pouvaient troquer un peu de leur énergie mystique pour la consacrer à ces vraies priorités. Mais bon, quand le pouvoir devient une religion, la magie devient stratégie. En entendant, le pays est suspendu au pouvoir discrétionnaire du Président de la République qui semble bien décidé de ne pas écrire n’importe quel nom dans son petit carnet…
Teddy Gile




