La République démocratique du Congo, qui détient près de 70 % de la production mondiale de cobalt, a décidé de reprendre la main sur l’un de ses principaux leviers économiques. En prolongeant la suspension des exportations de cobalt jusqu’au 15 octobre 2025, puis en instaurant un système de quotas rigoureux, Kinshasa entend contrôler l’offre mondiale, stabiliser les prix et tirer un meilleur profit de ce métal indispensable aux batteries électriques, à l’automobile verte et aux technologies de pointe.
Dès le 16 octobre, les exportations seront plafonnées à 18 125 tonnes pour les trois derniers mois de l’année, soit une moyenne mensuelle bien inférieure aux niveaux habituels. Pour 2026 et 2027, 96 600 tonnes par an seront autorisées à l’export, avec une part réservée à des projets d’intérêt national, afin de favoriser une utilisation locale à forte valeur ajoutée.
Cependant, cette stratégie n’est pas sans risque. À court terme, elle pourrait provoquer une tension avec certains opérateurs miniers, voire une baisse temporaire des recettes si les exportations chutent avant que les prix ne remontent. Elle nécessitera aussi un renforcement du contrôle administratif et douanier, pour éviter la contrebande ou les exportations non déclarées, fréquentes dans les zones minières artisanales.
En misant sur une gestion rigoureuse et souveraine de son cobalt, la RDC cherche à transformer un avantage géologique en levier stratégique pour son développement économique. Si cette politique est accompagnée d’investissements dans la transformation locale, le pays pourrait enfin passer du statut de simple exportateur brut à celui d’acteur-clé de la chaîne de valeur mondiale des technologies vertes.
Sur le plan économique, cette mesure vise à renverser la tendance baissière des prix , provoquée ces dernières années par une surproduction et une commercialisation incontrôlée, notamment dans le secteur artisanal. En limitant l’offre, le gouvernement espère faire remonter les cours du cobalt, dont le prix a chuté de près de 40 % entre 2022 et 2024. Cela permettrait d’augmenter les recettes publiques issues des droits d’exportation et des redevances minières, qui représentent une part importante du budget de l’État.
Autre impact : cette régulation renforcée permettra d’améliorer la traçabilité des minerais extraits, en réduisant les circuits informels souvent liés au travail des enfants et à des conditions dangereuses. Cela devrait améliorer l’image du cobalt congolais sur les marchés internationaux, et répondre aux exigences croissantes des grandes entreprises technologiques en matière d’éthique et de durabilité.
Teddy Gile




