ESSENTIEL INFO

Libye : Saïf al-Islam Kadhafi assassiné, retour sur la vie et la fin d’un héritier au destin brisé

La trajectoire de Saïf al-Islam Kadhafi s’est achevée dans la nuit, brutalement, comme un écho tardif au fracas qui avait emporté le régime de son père. Le fils le plus en vue de Mouammar Kadhafi a été assassiné dans la nuit du 2 au 3 février 2026 à Zenten, dans l’ouest libyen, à son lieu de résidence. Selon des informations relayées notamment par Al Jazeera, quatre individus armés ont pris la fuite après l’opération, laissant derrière eux un corps et, une fois encore, un pays face à ses démons irrésolus.

Les circonstances du meurtre demeurent troubles. D’après plusieurs sources concordantes, les assaillants auraient d’abord neutralisé les caméras de surveillance avant de pénétrer dans la propriété. Saïf al-Islam aurait été pris pour cible dans le jardin de sa résidence, où il aurait tenté de faire face à ses agresseurs. Il a été mortellement touché aux alentours de 2 h 30, heure locale, avant que les hommes armés ne disparaissent sans être identifiés.

Aucune revendication n’a, pour l’heure, été formulée. Des proches de son entourage politique évoquent une attaque méthodiquement préparée, menée par quatre hommes lourdement armés. L’assassinat ravive les zones d’ombre qui entourent encore la sécurité à Zenten, ville longtemps restée à l’écart des autorités centrales et symbole des fragmentations libyennes nées de l’après-2011.

Saïf al-Islam Kadhafi portait, depuis toujours, le poids d’un héritage impossible. Longtemps présenté comme le successeur naturel de son père, il avait incarné, à la fin des années 2000, une promesse ambiguë de réformes et d’ouverture. La chute du régime, en 2011, a brisé cette trajectoire. Capturé après l’arrestation puis la mort de Mouammar Kadhafi, il est devenu à son tour un prisonnier emblématique du chaos libyen.

Recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité liés à la répression de la révolte populaire, Saïf al-Islam a toujours été au cœur d’un bras de fer judiciaire. Condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès expéditif, il avait finalement bénéficié d’une amnistie, tandis que les autorités libyennes refusaient son transfert à La Haye. Longtemps détenu à Zenten, puis libéré, il vivait dans une semi-clandestinité, conscient que sa tête restait mise à prix.

En 2021, défiant les mandats et les menaces, il avait annoncé sa candidature à l’élection présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime. Ce retour spectaculaire sur la scène politique n’avait toutefois jamais abouti : le scrutin, sans cesse reporté, n’a jamais eu lieu. Depuis, sa localisation exacte était devenue incertaine, nourrissant rumeurs et spéculations.

Avec sa mort, c’est un chapitre tragique de la saga des Kadhafi qui se referme un peu plus. Plusieurs fils de l’ancien dirigeant ont été tués, les autres vivent en exil, dispersés et réduits au silence. L’assassinat de Saïf al-Islam, enfant au destin scellé par l’histoire violente de son pays, rappelle que la Libye reste hantée par les fantômes de son passé, incapable de solder les comptes d’une révolution inachevée.

Teddy Gile

Retour en haut