Dans la grande série « diplomatie africaine : entre amour vache et guerre froide », un nouvel épisode vient de s’écrire. Le Rwanda, visiblement vexé comme un coq qu’on aurait refusé de coiffer du chapeau présidentiel, vient de claquer bruyamment la porte de la CEEAC. Motif officiel ? Une RDC devenue trop influente, qui aurait transformé la table des négociations en une table d’échecs où Kagame ne serait plus qu’un pion sans droit de passage.
À Malabo, pendant que le reste de l’Afrique centrale distribuait les poignées de main et les résolutions consensuelles, Kigali fulminait dans son coin. Il faut dire que pour Paul Kagame, voir Félix Tshisekedi prendre l’ascendant sur l’agenda régional, c’est un peu comme boire de l’eau de source… empoisonnée. La présidence tournante de la CEEAC aurait dû, selon les textes, lui revenir. Mais voilà : quand on passe son temps à jouer au pyromane à l’Est du Congo, il faut s’attendre à se voir refuser l’extincteur.
La RDC, elle, jubile. Car derrière cette crise en costume trois pièces se cache une victoire symbolique mais bien réelle. Faire plier Kigali, non pas par les armes, mais par le poids politique régional, c’est une gifle diplomatique que Kinshasa ne se privera pas d’applaudir à deux mains. Pour une fois, la CEEAC n’a pas été le théâtre d’un simple club de gentlemen africains, mais le ring où le petit frère rebelle s’est fait recadrer par le reste de la fratrie.
Et comme souvent, le Rwanda dénonce une « instrumentalisation »… Ce mot magique, pratique comme un joker, ressort à chaque fois que la partie tourne au vinaigre. Pourtant, si la CEEAC penche aujourd’hui du côté de Kinshasa, c’est peut-être parce que ses membres en ont assez de couvrir les ambitions bellicistes d’un voisin qui peine à se comporter en acteur de paix. La scène de Malabo aura été celle d’un isolement assumé. Quitter la table, c’est parfois reconnaître qu’on n’y avait plus de carte.
Mais alors, que gagne la RDC dans cette affaire ? Beaucoup. L’image d’une nation qui ne se laisse plus dicter l’agenda, le soutien implicite de ses voisins, et surtout une légitimité nouvelle sur l’échiquier régional. Kinshasa devient un centre de gravité diplomatique. C’est aussi un signal clair : désormais, la guerre à l’Est se joue aussi sur le terrain des alliances, des tribunes et des votes.
Pendant que le Rwanda fait ses valises, la RDC, elle, arrange les coussins. Car dans cette salle de la CEEAC où Kigali a crié à l’injustice, Kinshasa voit une scène. Et sur cette scène, le Congo ne veut plus être spectateur… mais acteur principal. Rideau.
Teddy Gile




