ESSENTIEL INFO

Fin d’une ère : l’armée française quitte le Sénégal et restitue ses dernières bases après 64 ans de présence militaire.

Ce jeudi à Dakar, une page de l’histoire militaire franco-africaine s’est définitivement tournée. Le camp Geille, plus grande installation militaire française au Sénégal, ainsi que l’escale aéronautique militaire de l’aéroport international, ont été officiellement restitués aux autorités sénégalaises. Une cérémonie solennelle, tenue en présence de responsables civils et militaires des deux pays, a marqué cet événement historique.

Il s’agit là de la fin de la présence militaire française permanente au Sénégal, entamée depuis 1960, année de l’indépendance du pays. Symbole d’une relation longtemps empreinte de coopération mais aussi de dépendance sécuritaire, cette restitution illustre la volonté du Sénégal de reprendre le contrôle total de sa souveraineté militaire.

Plus largement, cette décision s’inscrit dans une dynamique continentale. Depuis 2022, la France a vu son dispositif militaire s’effondrer progressivement en Afrique de l’Ouest et centrale : retrait du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad et plus récemment du Gabon. Chaque fois, sur fond de tensions politiques, de critiques sur les ingérences, et d’un rejet croissant des populations locales.

La demande officielle de retrait formulée par Dakar en novembre 2024 s’ajoutait à cette série, mais elle s’est déroulée dans un climat diplomatique plus apaisé que dans d’autres pays. Le Sénégal, allié historique de la France, opte désormais pour une autonomie sécuritaire accrue, tout en maintenant une coopération militaire réduite et respectueuse de sa souveraineté.

La fermeture des bases françaises dans la région traduit un changement d’époque : les anciennes puissances coloniales sont désormais perçues comme encombrantes par des opinions publiques jeunes, connectées, et de plus en plus exigeantes sur la dignité nationale.

Pour la France, c’est un défi stratégique majeur : réinventer ses relations avec le continent en sortant du prisme militaire. Pour les pays africains, c’est une opportunité de redéfinir leur sécurité sur la base de partenariats plus équilibrés.

En quittant Dakar, les militaires français laissent derrière eux plus de soixante ans de présence continue. Le continent, lui, entre dans une nouvelle ère : celle de la souveraineté assumée.

Teddy Gile

Retour en haut