Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema vient d’annoncer la création de son parti politique, marquant ainsi une nouvelle étape de sa trajectoire fulgurante. Élu récemment à la tête du pays à l’issue d’une présidentielle post-transition qu’il a lui-même organisée, l’ancien général poursuit sa mue, passant officiellement du statut de militaire d’élite à celui de leader politique assumé.
Ce lancement n’a rien d’anodin. Il vient sceller la volonté du nouveau président de s’implanter durablement dans le paysage politique gabonais. Après avoir dirigé la transition avec la promesse de réformes institutionnelles, Oligui semble vouloir inscrire son action dans la continuité, en construisant une base partisane solide. Une démarche qui tranche avec le discours initial de neutralité affichée lors de la prise de pouvoir en 2023, mais qui correspond à la logique d’un pouvoir désormais légitimé par les urnes.
Issu des rangs de la Garde républicaine et connu pour sa discrétion, Brice Oligui Nguema s’est imposé sur le devant de la scène après avoir renversé Ali Bongo, au terme d’un coup d’État salué par une partie de la population. En quelques mois, il a su concentrer autour de lui un capital politique important, mêlant discours de rupture, patriotisme et réformes populaires, notamment dans la lutte contre la corruption.
L’élection présidentielle qu’il a remportée, bien que critiquée par certains pour l’absence d’une opposition réellement unifiée, a permis de sceller son autorité institutionnelle. Fort de cette victoire, le lancement de son parti vise à structurer son pouvoir, encadrer son projet et préparer les futures échéances électorales, aussi bien législatives que locales.
Le nom du parti, son idéologie précise et ses figures de proue n’ont pas encore été détaillés, mais le projet revendique une vision de « refondation nationale ». Oligui veut fédérer autour de lui les forces du changement, tout en s’ouvrant à certaines figures de la société civile. La stratégie est claire : capitaliser sur la dynamique post-régime Bongo et incarner une alternative crédible, enracinée dans les réalités gabonaises.
Mais ce virage soulève des interrogations. La transition ayant été dirigée d’une main ferme, certains observateurs redoutent une hyperpersonnalisation du pouvoir, où le président-candidat-chef de parti contrôlerait l’ensemble des leviers étatiques. La création de ce parti pourrait alors servir à verrouiller le paysage politique plus qu’à l’ouvrir. Les voix dissidentes demandent d’ailleurs des garanties pour un jeu politique pluraliste et équitable.
En Afrique centrale, où plusieurs militaires arrivés au pouvoir ont opté pour une reconversion politique, le cas Oligui Nguema s’inscrit dans une tendance régionale. À la différence près que le général gabonais semble vouloir aller vite, capitalisant sur une fenêtre d’opportunité historique. Il entend construire un parti de gouvernement, et non un simple outil électoral conjoncturel.
L’avenir dira si ce parti naissant saura incarner une nouvelle vision démocratique ou s’il servira surtout de tremplin à la pérennisation du pouvoir personnel. Pour l’heure, le Gabon entre dans une nouvelle phase politique, où Oligui Nguema ne sera plus seulement le visage de la transition, mais celui d’un pouvoir assumé, structuré et résolument tourné vers la conquête durable de l’appareil d’État.




