La justice belge a rendu un verdict retentissant dans une affaire qui secoue le pays depuis plusieurs années. Une juriste belge d’origine congolaise a été condamnée à 14 ans de prison ferme pour son implication dans un vaste dossier de trafic d’enfants. Cette décision marque un tournant judiciaire majeur dans une affaire sensible mêlant adoption internationale, falsifications administratives et graves violations des droits humains.
Au cœur du scandale figure l’affaire Julienne Mpemba Kabuya. Mardi, la cour d’appel de Liège a prononcé un arrêt particulièrement sévère à l’encontre de Julienne Mpemba Kabuya, âgée de 48 ans et domiciliée à Namur. Elle a été reconnue coupable de prise d’otages, enlèvement, traite des êtres humains, escroquerie, faux et usage de faux.
Selon les éléments retenus par la justice, la condamnée dirigeait un orphelinat à Kinshasa. Des enfants qui y étaient accueillis auraient en réalité été enlevés avant d’être proposés à l’adoption en Belgique. Pour rendre les procédures crédibles, elle leur attribuait de fausses identités et modifiait leurs dates de naissance, mettant en place un système frauduleux sophistiqué destiné à contourner les contrôles administratifs.
Les familles adoptives belges, elles aussi parties civiles dans ce dossier, auraient subi d’importantes pressions financières. Selon l’accusation, elles étaient contraintes de verser des sommes supplémentaires avant de pouvoir finaliser l’adoption et accueillir les enfants. Certaines d’entre elles affirment avoir été piégées par un dispositif opaque, oscillant entre promesses légales et exigences financières inattendues.
Le jugement rendu en appel alourdit significativement la peine prononcée en première instance. Initialement condamnée à dix ans de prison, Julienne Mpemba Kabuya écope désormais de 14 ans d’emprisonnement ferme ainsi que d’une amende de 8 000 euros. La cour a également ordonné son arrestation immédiate, soulignant la gravité exceptionnelle des faits et le risque de fuite.
Cette décision judiciaire relance le débat sur les mécanismes de contrôle des adoptions internationales entre l’Afrique centrale et l’Europe. Elle met en lumière les failles possibles dans la coopération administrative et la nécessité d’un encadrement plus rigoureux pour prévenir toute dérive criminelle dans un domaine aussi sensible que la protection de l’enfance.
Au-delà de la condamnation, cette affaire laisse des blessures profondes : pour les enfants concernés, pour les familles impliquées et pour les institutions chargées de veiller à l’éthique des procédures d’adoption. En Belgique comme en République démocratique du Congo, elle pose une question fondamentale : comment garantir que l’adoption reste un acte de protection et non un terrain propice à l’exploitation ?
Teddy Gile




