La visite officielle du président de la transition malienne, le colonel Assimi Goïta, en Russie, où il a été reçu avec les honneurs par Vladimir Poutine, marque une nouvelle étape dans le rééquilibrage géopolitique engagé par le Mali depuis le retrait progressif de ses partenaires occidentaux, notamment la France. Derrière les sourires officiels, ce déplacement porte des enjeux majeurs, aussi bien pour Bamako que pour Moscou.
Le premier enjeu est militaire. Depuis la rupture avec l’opération Barkhane et la coopération militaire française, le Mali a résolument tourné le regard vers Moscou, renforçant ses liens avec la Russie à travers un appui logistique, la livraison d’armements et une coopération sécuritaire directe, notamment via la présence de paramilitaires russes sur le terrain. La visite de Goïta officialise davantage cette alliance, en mettant sur la table une nouvelle phase de soutien technique, formation militaire et fournitures d’équipements.
Sur le plan politique, ce rapprochement envoie un message clair à la communauté internationale : le Mali assume son autonomie diplomatique et choisit ses partenaires sans diktat. Goïta, encore contesté sur la scène régionale et mondiale pour la prolongation de la transition, cherche dans cette alliance un appui politique solide au Conseil de sécurité et une légitimité sur la scène internationale. Poutine, quant à lui, y voit l’opportunité d’élargir son influence sur le continent africain en multipliant les partenaires stratégiques.
Les enjeux économiques ne sont pas en reste. Le Mali et la Russie ont discuté du renforcement de leur coopération dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et des mines. Moscou pourrait aider à développer les infrastructures minières maliennes et participer à la diversification de ses partenaires commerciaux, notamment dans l’approvisionnement en céréales et en hydrocarbures. En retour, la Russie consoliderait sa présence économique dans une région encore largement sous influence occidentale.
Mais cette alliance n’est pas sans risques. Le positionnement prorusse du Mali pourrait accentuer son isolement diplomatique en Afrique de l’Ouest, notamment auprès de la CEDEAO, qui reste méfiante envers les régimes militaires. Par ailleurs, la dépendance croissante envers un seul partenaire stratégique soulève des interrogations sur la souveraineté réelle du pays dans ses décisions sécuritaires.
La visite de Goïta intervient aussi dans un contexte de tensions mondiales. En accueillant un chef de junte avec tous les honneurs, Vladimir Poutine entend renforcer l’image de la Russie comme une alternative crédible face à l’Occident. C’est aussi un signal envoyé à d’autres pays africains confrontés à des transitions politiques ou à des ruptures avec leurs partenaires historiques.
Cette visite pourrait également avoir des retombées sur l’équilibre régional. Si le Mali renforce encore son partenariat avec la Russie, cela pourrait influencer ses voisins comme le Burkina Faso et le Niger, déjà engagés dans une même dynamique de redéfinition de leurs alliances. Une recomposition sécuritaire et diplomatique se dessine ainsi progressivement dans le Sahel, hors des cadres traditionnels.
En définitive, la visite d’Assimi Goïta en Russie symbolise bien plus qu’un simple déplacement bilatéral. Elle traduit une mutation profonde de la diplomatie malienne, des repositionnements géopolitiques en Afrique, et le retour en force d’une Russie qui entend peser sur le continent à travers des partenariats calibrés, stratégiques, mais non sans conséquences.
Teddy Gile




