Avec sa désignation comme candidat à l’élection présidentielle de 2025 par son parti, le camp du président ivoirien Alassane Dramane Ouattara relance une dynamique politique dont les conséquences s’annoncent lourdes pour la démocratie et la stabilité du pays. Si une partie de la population et des élites économiques salue cette décision comme un gage de continuité, elle soulève aussi de sérieuses inquiétudes quant au climat politique tendu et à la possible exclusion des figures majeures de l’opposition.
À 83 ans, ADO qui ne s’est pas encore empressé de répondre à l’appel de son parti, fait durer le suspens et apparaît comme un homme fort, mais dont la longévité au pouvoir commence à cristalliser des frustrations. Après trois mandats successifs — dont le dernier déjà contesté — cette quatrième entrée en lice relance les débats sur la limitation des mandats, l’alternance démocratique et la justice sélective. Dans un contexte sous-régional où les transitions contestées deviennent la norme, la Côte d’Ivoire pourrait entrer à son tour dans une spirale de crispation institutionnelle.
L’un des signaux les plus alarmants reste l’état de l’opposition. Des figures comme Tidjane Thiam, récemment revenu en politique, Guillaume Soro, en exil, Charles Blé Goudé, sous contraintes judiciaires, ou encore Laurent Gbagbo, privé de ses droits civiques, sont soit marginalisées, soit bloquées par des obstacles juridiques. Ce déséquilibre ouvre la voie à une présidentielle à candidat unique ou presque, rendant tout processus électoral peu crédible aux yeux d’une partie des Ivoiriens.
Sur le terrain, les tensions ne sont jamais totalement retombées depuis les violences électorales de 2020. Si le pouvoir mise sur une image de stabilité et de croissance économique, la réalité sociale est bien plus contrastée. Une jeunesse désabusée, un chômage élevé et une vie politique verrouillée pourraient être le cocktail d’une colère populaire difficile à contenir, surtout si les élections sont perçues comme jouées d’avance.
Cela dit, il serait simpliste d’ignorer qu’une partie de la population, notamment dans le nord du pays et au sein de la bourgeoisie d’affaires, soutient Ouattara. Pour eux, l’homme incarne l’ordre, le développement et la capacité à maintenir les grands équilibres économiques. Ce soutien est réel, mais pourrait ne pas suffire à désamorcer les tensions si les principaux opposants restent hors course.
À l’international, cette décision pourrait affaiblir l’image d’une Côte d’Ivoire modèle de résilience démocratique. Les partenaires extérieurs, notamment l’Union européenne et les États-Unis, qui prônent l’alternance, pourraient revoir leur position stratégique, même si les intérêts économiques pèseront lourd dans leur réaction.
Le grand risque est de voir la rue reprendre le pouvoir de contestation. Si les figures de l’opposition appellent au boycott ou à la mobilisation populaire, une nouvelle vague de violences préélectorales ou post-électorales n’est pas à exclure. D’autant que les souvenirs de la crise post-électorale de 2010-2011 sont encore vivaces.
En somme, cette candidature pourrait ouvrir un boulevard politique à Ouattara, mais elle ferme de nombreuses portes au dialogue national. Elle pose une question fondamentale : peut-on garantir la stabilité en muselant l’opposition ? L’avenir proche nous dira si la Côte d’Ivoire parviendra à préserver la paix ou plongera une fois de plus dans l’incertitude électorale.
Teddy Gile




