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Nicolas Kazadi : produire plus pour transformer l’économie de la RDC

La RDC a les ressources, mais doit encore trouver la meilleure manière de les convertir en croissance durable. Pour Nicolas Kazadi, cette transformation passe par une réforme profonde de la gestion publique, une mobilisation plus efficace des recettes, des investissements mieux ciblés et une politique d’endettement davantage tournée vers la création de valeur. L’ancien ministre des Finances, fort de son expérience dans la conduite des politiques économiques et budgétaires du pays, livre une série de propositions qui dessinent les contours d’une nouvelle approche pour l’économie congolaise.

La question qui traverse sa réflexion est fondamentale : comment faire en sorte que les immenses potentialités de la République démocratique du Congo profitent davantage à son économie et à sa population ? Pour Nicolas Kazadi, le pays ne peut plus se contenter de rechercher des financements ou d’exploiter ses matières premières. Il doit améliorer son appareil productif, renforcer l’efficacité de l’État et faire de chaque investissement un véritable levier de développement.

Un État mieux organisé pour élargir les recettes

Ici il affirme que la modernisation de l’administration commence par une meilleure connaissance de la population. L’identification biométrique pourrait dans ce cas, permettre de disposer de données plus fiables sur les citoyens, les contribuables et les bénéficiaires des programmes publics. Associée à une meilleure traçabilité des revenus et des patrimoines, cette réforme contribuerait progressivement à élargir l’assiette fiscale.

Nicolas Kazadi estime que les difficultés liées à l’adressage physique ne doivent plus constituer un frein majeur. Les technologies numériques permettent désormais d’associer une identité biométrique à différentes données et de construire progressivement un système national plus performant. L’enjeu dépasse donc largement la délivrance d’une carte d’identité.

Un tel fichier pourrait également servir de socle à un registre électoral permanent. L’État éviterait ainsi de reprendre périodiquement des opérations d’enrôlement de grande ampleur. Selon les estimations avancées par Nicolas Kazadi, cette évolution pourrait représenter près de 500 millions de dollars d’économies par cycle électoral.

Agriculture et mines : changer d’échelle

Pour Nicolas Kazadi, la modernisation de l’État doit cependant déboucher sur un objectif plus large : renforcer la capacité de la RDC à créer de la valeur sur son propre territoire. L’agriculture apparaît comme l’un des secteurs les plus prometteurs. Le café, le cacao, le coton ou encore l’huile de palme pourraient constituer de puissantes filières économiques si elles bénéficiaient d’infrastructures adaptées, de financements accessibles et d’une meilleure organisation des producteurs.

L’enjeu est surtout de franchir le cap de la transformation locale. Au lieu d’exporter essentiellement des produits bruts et d’importer des biens à forte valeur ajoutée, la RDC pourrait développer des chaînes industrielles capables de générer davantage d’emplois et de revenus. Cette approche permettrait aussi de réduire progressivement la facture des importations.

Le secteur minier doit, selon lui, suivre la même évolution. La situation de la MIBA illustre la nécessité de repenser le fonctionnement des entreprises publiques et leur positionnement face aux changements des marchés. Nicolas Kazadi estime que son redressement ne passe pas nécessairement par la reproduction du modèle historique de l’entreprise, mais par une réévaluation de ses actifs, de sa stratégie et de ses partenariats.

Il encourage notamment l’exploration de nouvelles opportunités liées aux métaux critiques. Cette diversification devrait toutefois être accompagnée d’une gouvernance plus rigoureuse et de partenariats transparents afin que les ressources minières contribuent davantage au développement national.

Routes, rail et électricité : les conditions du décollage

La question des infrastructures occupe également une place centrale dans cette vision. Des routes insuffisantes et un réseau ferroviaire limité augmentent les coûts de transport et compliquent la circulation des marchandises entre les différentes régions du pays. Pour une économie aussi vaste que la RDC, cette faiblesse constitue un handicap majeur pour les producteurs.

Le déficit énergétique représente un autre verrou. La RDC dispose d’un potentiel hydroélectrique exceptionnel, mais celui-ci reste insuffisamment exploité faute de réseaux adéquats de transport et de distribution. Pour Nicolas Kazadi, l’industrialisation ne pourra prendre véritablement son essor sans une électricité disponible, régulière et abordable.

Le corridor de Lobito peut, dans ce contexte, offrir une ouverture stratégique. Mais l’ancien ministre insiste sur une condition essentielle : les projets doivent être conduits avec rigueur et transparence. La même exigence s’applique au PDL-145T, dont la réussite ne devrait pas être mesurée uniquement au nombre d’ouvrages construits, mais à leur capacité à rapprocher les producteurs des marchés et à stimuler l’économie locale.

Mieux investir avant de s’endetter davantage

Sur la dette publique, Nicolas Kazadi défend une approche qui tranche avec une vision purement quantitative. Le risque ne dépend pas seulement du montant emprunté. Les conditions du crédit, son coût, son calendrier et surtout l’utilisation des fonds sont déterminants. Un emprunt mal négocié ou affecté à un projet insuffisamment préparé peut devenir une charge lourde pour les finances publiques.

Il évoque notamment plus de 8 milliards de dollars d’appuis extérieurs disponibles ainsi qu’environ 1 milliard de dollars liés à Sicomines qui, selon son argumentaire, n’étaient pas encore suffisamment décaissés. Sa conviction est donc qu’avant de solliciter davantage de ressources, l’État doit démontrer qu’il sait exploiter efficacement celles déjà mises à sa disposition.

Cette philosophie éclaire également ses explications concernant l’Arena de Kinshasa. Nicolas Kazadi conteste avoir décaissé 104 millions de dollars pour ce projet. Il affirme avoir payé environ 30 millions de dollars au moment de son départ du gouvernement, alors que l’exécution physique se situait, selon son estimation, entre 60 et 65 %. Il précise que les 104 millions représentaient le coût global négocié du projet, après une révision d’une enveloppe initialement comprise, selon lui, entre 125 et 175 millions de dollars.

Concernant les logements sociaux de Mont-Ngafula, il explique que le programme avait été conçu dans un contexte d’urgence, pour une enveloppe globale d’environ 42 millions de dollars. Près de 20 millions auraient déjà été décaissés à son départ du gouvernement. Au-delà de ces montants, l’ancien ministre défend la continuité des projets publics : un chantier lancé ne devrait pas être abandonné ou réorienté à chaque changement de gouvernement.

Les Eurobonds : une question de coût et de rendement

Cette conception de la dette remonte également à 2022. Nicolas Kazadi affirme que plusieurs banques avaient alors proposé à la RDC une émission d’Eurobonds. Il dit avoir rejeté cette option, estimant que le pays disposait encore de financements extérieurs non utilisés et bénéficiait de conditions concessionnelles qu’il évaluait à environ 0,5 %.

Sa position ne traduit donc pas un refus de l’endettement. Elle repose plutôt sur une règle de prudence : emprunter lorsque cela est nécessaire, mais surtout lorsque l’argent levé peut financer un investissement capable de générer suffisamment d’activité et de revenus pour justifier son coût.

La production au service de la stabilité monétaire

Nicolas Kazadi inscrit enfin la stabilité du franc congolais dans une perspective plus globale. Pour lui, une monnaie solide repose d’abord sur une économie solide. L’augmentation de l’offre locale, la maîtrise des dépenses publiques et la réduction de la dépendance aux importations constituent, à ses yeux, des facteurs essentiels pour consolider les équilibres économiques.

Cette stratégie doit aussi s’accompagner d’une meilleure prévention de la corruption. La traçabilité des patrimoines et des dépenses publiques permettrait de renforcer les contrôles et de mieux protéger les ressources de l’État. La décentralisation financière devrait, elle aussi, favoriser une répartition plus efficace des moyens entre le pouvoir central, les provinces et les entités territoriales.

La paix, préalable au développement

Toutes ces ambitions restent néanmoins tributaires de la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. Le conflit mobilise des ressources importantes, perturbe les activités économiques et décourage les investissements. Pour Nicolas Kazadi, la stabilité sécuritaire doit donc être considérée comme une composante essentielle de toute stratégie de développement.

C’est dans cette perspective qu’il souhaite voir le Dialogue national dépasser les seules considérations politiques. Les discussions devraient également, selon lui, permettre d’aborder les faiblesses institutionnelles et les grands choix économiques qui détermineront l’avenir du pays.

La vision défendue par Nicolas Kazadi tient finalement en une exigence de résultat. Chaque dollar mobilisé par l’État devrait pouvoir être évalué à partir de son impact concret : emplois créés, énergie disponible, infrastructures fonctionnelles, terres mises en valeur, entreprises développées ou revenus supplémentaires pour les ménages. Avec son expérience des finances publiques, il place ainsi la performance économique au centre du débat. Pour la RDC, l’enjeu n’est plus seulement de disposer de ressources, mais de savoir les convertir efficacement en prospérité durable.

Teddy Gile

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