Le rideau est tombé sur l’aventure des Léopards à la Coupe du monde 2026. Battue 2-1 par l’Angleterre en huitième de finale, la République démocratique du Congo quitte le tournoi sans trophée, mais avec un bien plus grand héritage : celui d’avoir réconcilié tout un peuple avec le rêve. Pendant deux semaines, au cœur d’un pays confronté à de nombreuses épreuves, cette équipe a offert aux Congolais une parenthèse d’espoir, de fierté et d’unité nationale.
Avant le coup d’envoi de la compétition, rares étaient ceux qui imaginaient la RDC franchir le premier tour. Placés dans un groupe relevé avec le Portugal, la Colombie et l’Ouzbékistan, les hommes de Sébastien Desabre étaient promis au rôle de simples figurants. Les pronostics annonçaient une élimination rapide. Les Léopards ont répondu sur le terrain, avec du caractère, de la discipline et une solidarité exemplaire.
Le premier acte face au Portugal a donné le ton. Menés très tôt au score, les Congolais n’ont jamais paniqué. Fidèles au plan de jeu élaboré par leur sélectionneur, ils ont résisté, attendu leur moment avant de frapper juste avant la pause grâce à une tête de Yoane Wissa, parfaitement servi par Arthur Masuaku. Ce match nul historique restera comme le premier point et le premier but de la RDC dans une phase finale de Coupe du monde, une page mémorable du football congolais.
Face à la Colombie, les Léopards ont une nouvelle fois démontré leur rigueur tactique. Organisés autour d’une défense compacte et d’un Lionel Mpasi impérial, ils ont longtemps résisté aux assauts des Cafeteros. Une frappe déviée a finalement brisé leur résistance. Malgré cette défaite logique, la prestation congolaise a confirmé que cette équipe savait souffrir ensemble et rivaliser avec des nations parmi les meilleures du monde.
Le rendez-vous décisif contre l’Ouzbékistan restera comme l’un des moments les plus intenses de cette campagne. Une fois encore, les Congolais ont été menés au score. Une fois encore, ils n’ont jamais renoncé. Yoane Wissa a égalisé sur penalty avant que Fiston Mayele, d’un geste plein de sang-froid, n’offre l’avantage aux siens. Wissa scellera définitivement la victoire. Cette qualification historique pour les huitièmes de finale a fait vibrer tout un pays.
Puis vint l’Angleterre. Face à l’une des plus grandes puissances du football mondial, la RDC n’a jamais baissé les yeux. Bien au contraire. Cipenga a fait exploser de joie tout un peuple en ouvrant le score dès l’entame. Derrière, Lionel Mpasi a livré une prestation monumentale, multipliant les arrêts devant Jude Bellingham, Harry Kane et leurs coéquipiers. Pendant de longues minutes, le rêve semblait possible.
L’expérience anglaise a finalement fait la différence dans les derniers instants. Harry Kane a remis les deux équipes à égalité avant d’inscrire le but de la qualification des Three Lions. Les Léopards se sont inclinés, mais sans jamais renier leur identité. Cette élimination laisse un goût d’amertume précisément parce que cette équipe avait réussi l’impensable : convaincre tout un peuple qu’elle pouvait battre l’Angleterre.
C’est sans doute la plus grande victoire de cette génération. En quelques matchs, les Léopards ont changé le regard porté sur eux. Ils ont gagné le respect du monde, mais surtout retrouvé celui de leurs propres supporters. Cette sélection a prouvé qu’avec une organisation rigoureuse, un état d’esprit irréprochable et une discipline tactique remarquable, la RDC pouvait regarder les grandes nations droit dans les yeux.
Bien sûr, ce parcours met aussi en lumière les chantiers qui restent ouverts. L’équipe manque encore d’un véritable finisseur capable de transformer les rares occasions en buts. Le milieu de terrain devra également gagner en créativité afin de mieux conserver le ballon et casser les lignes adverses. Ces ajustements apparaissent désormais comme les dernières pièces d’un puzzle déjà très prometteur.
Une certitude demeure : Sébastien Desabre tient une génération capable de marquer durablement l’histoire du football congolais. Autour des jeunes talents comme Noah Sadiki, Mukau ou Epolo, et avec l’expérience des cadres tels que Chancel Mbemba, Arthur Masuaku et Yoane Wissa, la RDC possède désormais des fondations solides. Cette Coupe du monde n’est peut-être pas l’aboutissement d’un projet. Elle ressemble davantage au commencement d’une ambition. Celle d’aller conquérir enfin une Coupe d’Afrique des nations et de revenir, encore plus forte, au Mondial 2030. Les Léopards quittent la compétition, mais ils repartent avec ce que le football offre de plus précieux : le respect, la fierté et la certitude que l’avenir leur appartient.
Patrick Akem




