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Polémique constitutionnelle : les excuses de Bahati Lukwebo suffiront-elles à sauver sa tête ?

Dans la politique congolaise, les mots ont parfois la vie courte, mais leurs conséquences, elles, peuvent être étonnamment durables. Le sénateur Modeste Bahati Lukwebo l’apprend à ses dépens. Après la tempête provoquée par ses déclarations sur la révision constitutionnelle, le président de l’AFDC-A a finalement choisi la voie des excuses. Dans un message adressé à ses collègues sénateurs, il évoque une incompréhension, un propos « mal interprété », et réaffirme sa loyauté au chef de l’État, Félix Tshisekedi. Une démarche classique dans les arcanes du pouvoir, mais qui soulève une question simple : ces excuses arrivent-elles au moment opportun… ou quand la mécanique politique est déjà en marche ?

Car à Kinshasa, la politique fonctionne souvent comme une horloge dont les aiguilles avancent plus vite qu’on ne le croit. Entre la conférence de presse du 4 mars et les réactions en cascade au sein de la majorité, la polémique a pris une ampleur inattendue. Une phrase sur la nécessité de « changer d’abord les mentalités avant la Constitution » aura suffi pour déclencher soupçons, procès d’intention et murmures dans les couloirs de l’Union Sacrée. Dans un contexte où la discipline politique est devenue une vertu cardinale, l’ambiguïté se paie comptant.

Les excuses de Bahati Lukwebo ont donc le mérite de la clarté. Il jure qu’il n’a jamais voulu s’opposer à une révision constitutionnelle et qu’il plaidait simplement pour un débat interne au sein de l’Union sacrée de la Nation. Une précision qui ressemble à une tentative de remettre le train sur les rails. Mais dans la pratique politique congolaise, il est souvent difficile de faire marche arrière une fois que la locomotive des rapports de force s’est mise en mouvement. En politique parfois , quand le chien aboie, la caravane écrase le chien avant de passer…

D’autant que l’affaire intervient dans un moment délicat pour la majorité présidentielle. L’Union sacrée, vaste coalition bâtie autour du président Tshisekedi, fonctionne sur un équilibre subtil entre fidélités politiques, ambitions personnelles et calculs stratégiques. Dans cet échiquier mouvant, chaque faux pas peut être interprété comme un signe d’émancipation ou, pire, comme une tentative de se démarquer de la ligne officielle.

Les adversaires politiques de Bahati Lukwebo ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Pour certains, l’occasion est trop belle pour rappeler que la loyauté ne doit pas seulement être proclamée après coup, mais démontrée au moment où les sujets sensibles sont sur la table. Et dans les coulisses du pouvoir, certains semblent déjà prêts à tourner la page d’un allié devenu, malgré lui, un sujet de polémique.

Reste la question de l’avenir politique du patron de l’AFDC-A. Fin tacticien, Bahati Lukwebo a déjà traversé plusieurs tempêtes dans sa carrière et sait que la survie politique repose souvent sur l’art du repositionnement. Il lui faudra sans doute multiplier les gestes d’apaisement et démontrer que sa loyauté envers le chef de l’État n’est pas circonstancielle. Dans la politique congolaise, les portes ne se ferment jamais complètement… mais elles exigent parfois de longues négociations pour se rouvrir.

Au-delà de son cas personnel, cette séquence révèle aussi les tensions latentes qui traversent l’Union sacrée à l’approche des prochaines batailles politiques. Les ambitions s’aiguisent, les sensibilités se crispent et chaque déclaration peut devenir un test de fidélité. Dans ce contexte, les excuses de Bahati Lukwebo ressemblent peut-être moins à une conclusion qu’au premier acte d’une recomposition politique. Et à Kinshasa, on sait bien qu’en politique, la fin d’un épisode est souvent le début d’un autre.

Teddy Gile

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