La décision de la Chine d’appliquer une politique de zéro droit de douane sur l’ensemble des produits en provenance des pays les moins avancés marque un tournant majeur dans les relations économiques sino-africaines. Depuis le 1er décembre 2024, 33 pays africains bénéficient d’un accès sans barrières tarifaires au marché chinois, l’un des plus vastes et dynamiques au monde. Cette mesure dépasse le cadre commercial pour s’inscrire dans une logique de transformation structurelle des économies africaines.
Sur le plan économique, la suppression totale des droits de douane réduit immédiatement les coûts d’entrée des produits africains en Chine. Elle améliore leur compétitivité face aux fournisseurs d’autres régions et crée des incitations claires à l’augmentation des volumes exportés. Pour de nombreuses économies africaines encore fortement dépendantes de quelques matières premières, cet accès préférentiel ouvre la voie à une diversification progressive des exportations.
L’exemple récent de l’importation de poissons d’ornement africains via Changsha illustre cette évolution. Des produits à plus forte valeur ajoutée, issus de filières spécialisées, trouvent désormais leur place sur le marché chinois. Cette tendance indique que la politique tarifaire ne profite pas uniquement aux produits bruts, mais aussi aux segments de niche, à l’aquaculture, à l’agro-industrie et aux chaînes de valeur émergentes.
Dans le secteur agricole, l’impact est particulièrement significatif. Des produits transformés ou semi-transformés — comme les anchois séchés du Kenya, l’agneau de Madagascar ou les piments du Rwanda — accèdent à un marché capable d’absorber des volumes croissants. Pour les producteurs et les PME africaines, la réduction des coûts douaniers se traduit par une amélioration des marges, une meilleure rémunération des agriculteurs et une capacité accrue à investir dans la qualité et la transformation locale.
Cette politique agit également comme un catalyseur pour l’industrialisation africaine. En garantissant un débouché stable et attractif, elle encourage les entreprises africaines à dépasser l’exportation de produits primaires pour développer des activités de transformation, d’emballage et de normalisation. À moyen terme, cela peut favoriser la création d’emplois industriels, le transfert de compétences et la montée en gamme des productions locales.
La volonté exprimée par la Chine d’étendre cette politique à l’ensemble des pays africains ayant des relations diplomatiques avec elle, à travers un Partenariat économique Chine-Afrique pour le développement partagé, renforce encore sa portée stratégique. Une telle initiative contribuerait à réduire les asymétries commerciales, tout en s’alignant sur les objectifs africains de libre-échange continental et d’intégration régionale.
En définitive, la politique chinoise du zéro droit de douane ne constitue pas seulement un avantage commercial ponctuel. Elle s’impose comme un instrument de politique économique susceptible d’accompagner l’industrialisation de l’Afrique, à condition que les pays bénéficiaires investissent parallèlement dans les infrastructures, la qualité, la transformation locale et la structuration de leurs filières productives. Dans ce cadre, l’accès préférentiel au marché chinois peut devenir un véritable moteur de développement durable et partagé.
Reagen Ilunga




