La Chine a franchi une étape décisive dans sa stratégie d’ouverture économique en lançant des opérations douanières spéciales à l’échelle de l’île de Hainan. Ce territoire insulaire du sud du pays devient ainsi une zone spéciale de supervision douanière intégrale, au cœur du Port de libre-échange de Hainan, désormais le plus vaste port de libre-échange au monde en termes de superficie.
Cette réforme vise à faciliter l’entrée des marchandises étrangères, à élargir considérablement le champ des produits bénéficiant de droits de douane nuls et à offrir un environnement plus favorable aux entreprises. Dans un contexte international marqué par la montée du protectionnisme, cette initiative est perçue comme un signal fort de la volonté chinoise de promouvoir le libre-échange et une ouverture économique de haut niveau.
Concrètement, l’île tropicale de plus de 30.000 km² bénéficie désormais d’un cadre douanier inédit. Les autorités décrivent ce système comme un « accès plus libre en première ligne », permettant des échanges fluides entre Hainan et les marchés extérieurs, et un « accès réglementé en deuxième ligne », maintenant des contrôles standards pour les flux de marchandises vers la partie continentale de la Chine.
Pour les entreprises étrangères, cette évolution se traduit par des avantages substantiels. Elles peuvent opérer dans un environnement plus conforme aux normes internationales, réduire leurs coûts fiscaux et de production, accéder plus largement aux secteurs des services — notamment la santé et l’éducation — et utiliser Hainan comme plateforme stratégique pour pénétrer le vaste marché chinois continental.
L’impact tarifaire de la réforme est particulièrement significatif. La part des produits bénéficiant d’une exonération de droits est passée de 21 % à 74 %, tandis que la liste des articles concernés a été élargie de 1.900 à plus de 6.600 références. De plus, les marchandises transformées à Hainan peuvent être vendues en franchise de droits sur le continent chinois, à condition que la transformation locale génère au moins 30 % de valeur ajoutée.
Selon Chi Fulin, directeur de l’Institut de la réforme et du développement de la Chine, cette mesure illustre clairement la détermination du pays à approfondir son ouverture institutionnelle. Autrefois région périphérique peu développée, Hainan a été érigée en plus grande zone économique spéciale de Chine en 1988, avant qu’un plan directeur publié en 2020 ne fixe l’objectif d’en faire un port de libre-échange de portée mondiale d’ici le milieu du siècle.
Les résultats commencent déjà à se faire sentir. Depuis 2020, plus de 9.600 entreprises à capitaux étrangers ont été créées sur l’île. Le lancement officiel des opérations douanières spéciales, le 18 décembre, revêt également une forte dimension symbolique, coïncidant avec l’anniversaire de la réunion historique de 1978 qui a marqué le début de la politique de réforme et d’ouverture de la Chine. Cette nouvelle étape s’inscrit dans la continuité des efforts nationaux visant à renforcer l’attractivité économique du pays et à approfondir son intégration dans l’économie mondiale.
Ben Monzeli




