Le mercredi 26 novembre 2025 restera comme une date de plus dans l’histoire tourmentée de la Guinée‑Bissau. Dans la capitale Bissau, des coups de feu ont retenti près du palais présidentiel et du siège de la commission électorale, quelques heures seulement avant l’annonce des résultats provisoires de l’élection présidentielle. L’armée est intervenue, a annoncé la destitution du président sortant Umaro Sissoco Embaló, suspendu le processus électoral et proclamé la prise de “contrôle total” du pays.
Au lendemain de ces événements, c’est le général Horta N’Tam qui a prêté serment ce jeudi 27 novembre 2025 comme président de la transition et chef du nouveau Haut commandement militaire. Malgré son passé en tant que chef d’état‑major de l’armée de Terre, son accession au pouvoir marque, pour beaucoup, une nouvelle page d’incertitudes pour la jeune démocratie bissau‑guinéenne.
Un retour à l’ordre… militaire
L’annonce, faite en direct depuis le siège de l’état‑major, a été brutale : frontières fermées, couvre‑feu partiel, suspension de toutes les institutions étatiques ainsi que des médias, et interdiction de toute manifestation. Selon les militaires, cette prise de pouvoir visait à “restaurer la sécurité nationale et l’ordre public”, en raison d’une “menace de déstabilisation” mêlant politiciens, narcotrafiquants et influence étrangère.
Les autorités de transition ont également déclaré que toutes les frontières étaient “immédiatement ouvertes” le lendemain, un message destiné, semble-t‑il, à rassurer marchés et partenaires étrangers. Mais pour la population bissau‑guinéenne, habituée aux cycles de coups, c’est davantage une nouvelle période de contrôles et d’incertitudes.
Un parcours déjà semé de coups et d’échecs démocratiques
Depuis son indépendance en 1974 et, surtout depuis le premier putsch de 1980, la Guinée‑Bissau a connu plusieurs succès mais surtout une longue suite d’instabilités : au moins quatre coups d’État avérés et de nombreuses tentatives depuis 1974 ( les sources évoquent jusqu’à 16 ou 17 tentatives avérées) , un record même dans la région.
Dans l’immédiat : confinement, incertitude économique, suspension des institutions et de la vie politique normale, fermeture des frontière. Ce coup d’État représente un nouveau recul dramatique pour les aspirations démocratiques des Bissau‑Guinéens.
Mais cela pourrait aussi plonger le pays un peu plus dans la dépendance des forces militaires et des acteurs extérieurs, tandis que l’économie formelle, déjà fragile, risque de souffrir devant la peur, l’instabilité et l’évasion des capitaux.
Et demain ? Entre espoirs et craintes
Le général Horta N’Tam a été investi pour un mandat de transition d’un an. Officiellement, l’objectif est de “restaurer l’ordre, libérer les institutions, préparer de nouvelles élections libres et transparentes”. Mais ce discours a déjà été entendu et trahi maintes fois.
Si la Guinée‑Bissau veut espérer sortir de ce cycle infernal, elle devra associer la réforme profonde de l’État, la lutte contre les mafias, la reconstruction institutionnelle et l’inclusion, ce qui reste un chantier colossal.
Pourquoi le monde doit garder un œil sur Bissau
À ce jour, un seul président élu a réussi à mener son mandat à son terme dans le pays : José Mário Vaz, souvent présenté comme un cas rare entre 2014 et 2019.
Tous les autres ou presque ont été délogés avant la fin, le plus souvent par des militaires.
Pourquoi encore un putsch ? Les facteurs récurrents
Plusieurs dynamiques expliquent ce nouvel effondrement politico‑institutionnel :
– Des élections contestées : dans le contexte de 2025, l’élection présidentielle a opposé le sortant Embaló à plusieurs challengers, le principal étant Fernando Dias, soutenu par l’ex‑parti historique du pays. Les deux camps s’étaient proclamés vainqueurs avant la publication des résultats, un scénario explosif.
– Un tissu institutionnel fragile : la Guinée‑Bissau souffre d’un État à la légitimité et à l’autorité chancelantes, où les institutions législatives, judiciaires, et électorales sont régulièrement battues en brèche.
– L’infiltration du narcotrafic et de l’économie illicite : le pays est souvent cité parmi les points névralgiques de la route de la cocaïne vers l’Europe, ce qui exacerbe les pressions internes et nourrit des connivences entre milieux politiques, militaires et trafiquants.
Quelles conséquences immédiates ?
La chute de 2025 n’est pas un simple fait local. Dans un contexte africain déjà marqué par une vague de coups d’états comme au Niger, au Gabon, au Mali et au Burkina Faso, la Guinée‑Bissau confirme qu’elle reste un symbole d’instabilité chronique. Chaque déstabilisation peut avoir des effets régionaux (migrations, trafic de drogue, affaiblissement des normes démocratiques).
En réaction, la communauté internationale a déjà condamné le coup et appelé au respect de l’ordre constitutionnel. Mais au-delà des condamnations, ce sont des actions concrètes de reconstruction, d’appui institutionnel et de développement socioéconomique qui seront déterminantes.
Ce nouveau coup d’État démontre tristement que pour la Guinée‑Bissau, l’instabilité n’est pas un accident de parcours, mais la norme. Tant que les racines profondes (politique, économique, sociale) du pays ne seront pas assainies, les répétitions de ces épisodes resteront… le sinistre refrain d’une nation en quête d’un avenir stable.
Teddy Gile




