C’est un tapis rouge déroulé en grande pompe à Kinshasa pour accueillir, ce vendredi, Son Altesse Sheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, l’Émir du Qatar, dans ce qui restera comme une visite à la fois diplomatique, économique et hautement stratégique. Officiellement, il s’agissait de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays. Officieusement ? Difficile de ne pas y voir un coup de maître géopolitique soigneusement ficelé entre Doha et Kinshasa.
Dès sa descente d’avion, l’Émir a été accueilli avec tous les honneurs par le Président Félix Tshisekedi, qui semble décidément vouloir multiplier les partenariats sud-sud pour sortir la RDC de son isolement économique. Direction : la Cité de l’Union Africaine pour un tête-à-tête dont les coulisses laissent imaginer des discussions franches, notamment sur le rôle discret mais efficace du Qatar dans le Processus de Doha, visant à pacifier l’Est du pays.
Tshisekedi a publiquement salué la signature de l’accord-cadre entre le gouvernement congolais et la coalition M23/AFC, tenue à Doha en novembre dernier. Cette reconnaissance appuyée d’un soutien qatari dans la recherche de la paix montre que l’émirat veut désormais se positionner non seulement comme bailleur, mais aussi comme médiateur africain de premier plan.
Mais le sommet n’était pas seulement diplomatique. Pas moins de six accords bilatéraux ont été signés. Le plus significatif économiquement ? Un protocole d’entente entre Mwani Qatar , la société portuaire nationale du Qatar, et ONATRA, dans le but d’améliorer les infrastructures portuaires congolaises. Une incursion directe dans les artères commerciales du pays, qui pourrait offrir à Kinshasa une bouffée d’oxygène logistique… ou un nouveau partenaire aux ambitions bien calculées.
Les autres accords abordent divers secteurs, allant de l’exemption de visas diplomatiques à la coopération dans le domaine de la justice, sans oublier un mémorandum pour soutenir un projet humanitaire au Sud-Kivu. Même la jeunesse et le sport sont dans la ligne de mire des deux États, preuve que le Qatar ne compte pas s’arrêter aux deals miniers et pétroliers classiques.
Ce ballet d’accords n’est pas anodin : le Qatar pose ici ses jalons pour un ancrage durable en Afrique centrale, pendant que la RDC cherche à diversifier ses partenariats et renforcer sa diplomatie économique. Le tout, sous les yeux d’une communauté internationale qui observe avec un mélange d’intérêt et de prudence cette soudaine lune de miel Kinshasa-Doha.
Finalement, ce qu’est venu faire l’Émir du Qatar en RDC, c’est bien plus que renforcer les liens bilatéraux. C’est construire une influence douce, en pleine cohérence avec sa stratégie globale : investir, pacifier, s’ancrer. Quant à la RDC, elle joue la carte d’un nouveau type de partenariat — plus équilibré, plus stratégique — qui pourrait bien redessiner son avenir diplomatique et économique.
Teddy Gile




