Jeudi 6 novembre 2025, dans une salle comble du Palais de l’Unité à Yaoundé, Paul Biya a prêté serment pour entamer son huitième mandat à la tête du Cameroun. À 92 ans, le doyen des chefs d’État en exercice à travers le monde a lancé un appel au rassemblement, marquant officiellement le début d’un nouveau chapitre d’un règne déjà long de plus de quatre décennies.
« Les joutes de l’élection présidentielle sont désormais derrière nous. L’heure est à présent au rassemblement », a-t-il déclaré, dans un ton solennel mais ferme. Ce discours, aussi symbolique que stratégique, semble vouloir apaiser les tensions post-électorales et réaffirmer sa volonté de gouverner dans une logique d’unité nationale, malgré les contestations persistantes de l’opposition.
Ce nouveau mandat s’ouvre pourtant dans un contexte délicat. Le pays est confronté à plusieurs défis majeurs : l’instabilité dans les régions anglophones, la crise économique amplifiée par le chômage des jeunes, la montée des cyberdissidences, et une pression internationale sur les questions de gouvernance et de droits humains. Pour Biya, maintenir la stabilité sans réformes concrètes pourrait s’avérer de plus en plus complexe.
L’âge avancé du président suscite également de nombreuses interrogations sur sa capacité à affronter la rigueur d’un mandat de 7 ans. Mais le chef de l’État, fidèle à son style discret mais résilient, semble déterminé à prouver qu’il demeure le seul garant de la stabilité camerounaise. Ses proches évoquent déjà un plan d’action visant la modernisation des infrastructures, une réforme de l’armée, et une relance du dialogue national.
Cependant, un autre défi de taille reste la transition politique. La question de sa succession, longtemps taboue, devient pressante au sein même du RDPC, son parti. Biya osera-t-il amorcer une préparation sereine de l’après-Biya, ou préférera-t-il conserver l’ambiguïté qui entoure son héritage politique ? La question reste entière, mais le pays retient son souffle.
Sur le plan diplomatique, Paul Biya entend aussi repositionner le Cameroun comme acteur central de la stabilité régionale en Afrique centrale, au moment où plusieurs pays voisins sont secoués par des transitions incertaines. Son expérience, vue comme un atout par ses alliés, pourrait aussi devenir un frein s’il ne parvient pas à incarner un renouveau attendu.
Ainsi, ce huitième mandat s’annonce comme le plus symbolique — et probablement le plus risqué — de la carrière de Paul Biya. À 92 ans, il ne dirige plus seulement un pays, il affronte aussi l’Histoire, avec la lourde mission de clore un règne long par une sortie maîtrisée ou un passage en force. Le Cameroun, lui, reste en alerte.
Teddy Gile




