La République démocratique du Congo continue de bâtir son image sur la scène internationale à travers le sport et la culture, avec un slogan qui se veut rassembleur et identitaire : « RD.CONGO, CŒUR D’AFRIQUE ». Si cette formule suscite une adhésion patriotique en interne, certains observateurs estiment qu’elle gagnerait à évoluer, notamment sur le plan linguistique. C’est le cas d’Isidore Kwandja, Directeur national des IXes Jeux de la Francophonie, qui soulève une réflexion stratégique sur la portée du message.
Pour ce haut responsable du monde sportif et culturel congolais, le choix du français dans le slogan limite sa lisibilité à l’échelle globale. « Certes nous sommes un pays francophone, mais ne fallait-il pas écrire en anglais ‘DRC, Heart of Africa’, pour une plus grande visibilité, lisibilité et pour un rayonnement international de notre slogan ? » s’est-il interrogé, évoquant notamment l’exemple de grandes équipes non francophones comme le FC Barcelone ou l’AC Milan qui utilisent l’anglais dans leurs communications.
Kwandja estime que le message n’est pas destiné aux Congolais uniquement, mais surtout à un public mondial. Il plaide donc pour une version anglaise du slogan, mieux adaptée à une audience internationale. « Ce n’est pas pour nous que le message est adressé. C’est pour les autres qui ne savent pas, que nous adressons ce message pour avoir un plus grand impact », a-t-il souligné dans une déclaration qui ne manque pas de faire réagir.
Le sport en tant qu’instrument de « soft power »
En bon connaisseur des dynamiques internationales, Kwandja ne remet pas en question l’initiative portée par le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, mais en propose une lecture complémentaire. Il rappelle l’importance du sport en tant qu’instrument de « soft power », permettant à un pays de renforcer son influence par des moyens culturels, symboliques et émotionnels. Une communication bien pensée peut donc devenir un véritable levier diplomatique.
Celui qui a réussi le pari audacieux d’organiser les Jeux de la Francophonie à Kinshasa, un événement salué pour son organisation et son rayonnement, parle en connaissance de cause. Aujourd’hui membre du Comité International des Jeux de la Francophonie, il continue de promouvoir la visibilité de la RDC dans les sphères francophones et au-delà. Sa proposition ne vise donc pas à renier la francophonie, mais à élargir l’horizon.
Cette réflexion soulève une question plus large : dans un monde globalisé où l’anglais reste la langue dominante du marketing international, faut-il adapter les slogans nationaux pour maximiser leur impact ? De nombreux pays optent déjà pour des versions bilingues ou intégralement en anglais lorsqu’ils s’adressent à un public mondial, sans pour autant renier leur langue nationale.
Au final, le débat reste ouvert. Mais une chose est sûre : le slogan « RD.CONGO, CŒUR D’AFRIQUE » porte une ambition forte. Reste à voir si, pour atteindre son plein potentiel, il devra également franchir la barrière de la langue.
Teddy Gile




