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ESSENTIEL INFO

Ce qu’il faut retenir de l’ouverture du procès historique de Joseph Kabila devant la Haute Cour militaire.

Ce jeudi 25 juillet 2025 restera une date marquante dans l’histoire judiciaire et politique de la République démocratique du Congo. Le procès de l’ancien président Joseph Kabila s’est officiellement ouvert devant la Haute Cour militaire, dans une salle tendue et scrutée par l’opinion nationale et internationale. Un procès exceptionnel à plus d’un titre, tant par la stature de l’accusé que par la gravité des charges retenues contre lui.

Absent à l’audience, Joseph Kabila n’a pas répondu à sa convocation. En conséquence, le ministère public a demandé à la cour de poursuivre le procès par défaut, en se fondant sur l’article 327 du Code judiciaire militaire. Cette disposition permet de juger un prévenu qui refuse de comparaître sans motif valable. Le silence de l’ex-chef de l’État depuis le lancement de la procédure continue d’alimenter interrogations et tensions.

Kabila est poursuivi pour des faits extrêmement graves : insurrection, trahison, crimes contre la paix, homicide, viol, torture, apologie de la guerre et occupation armée de la ville de Goma. Ce catalogue d’accusations jette une ombre lourde sur l’ancien président, qui a dirigé le pays pendant près de deux décennies. La République s’est constituée partie civile, représentée par le vice-ministre de la Justice Samuel Mbemba, accompagné d’un collectif d’avocats de l’État.

« La justice ne négocie pas, elle ne dialogue pas», a déclaré Me Mbemba, insistant sur le fait que l’agenda judiciaire ne doit pas céder aux calculs politiques. Le ministre a.i. de la Justice a également rassuré l’opinion : « La justice fera son travail en toute indépendance ». Une manière de répondre à ceux qui redoutent un procès à visée politique dans un climat encore fragile.

Deux éléments historiques marquent déjà ce procès. D’abord, la reconnaissance officielle par la justice que Joseph Kabila est bien le fils biologique de Mzee Laurent-Désiré Kabila, un point longtemps sujet à controverse dans le débat politique congolais. Ensuite, Kabila devient le tout premier ancien chef d’État congolais encore en vie à être traduit devant la justice, après avoir été aussi le premier à transmettre pacifiquement le pouvoir en 2019.

Ce procès soulève des espoirs immenses pour une partie de la population, notamment les victimes de la guerre à l’Est, qui attendent depuis des années que les responsabilités soient établies. Mais il ravive aussi les divisions politiques, certains y voyant une chasse aux sorcières déguisée. L’absence de l’accusé à l’ouverture n’a fait que renforcer les doutes sur la suite du procès.

Sur le plan juridique, si Joseph Kabila est reconnu coupable des infractions les plus graves — notamment les crimes contre la paix et la trahison — il risque une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité, selon les dispositions du Code pénal militaire congolais. Le procès devrait donc s’étendre sur plusieurs mois, entre confrontations de témoins, présentation de preuves et débats techniques.

La prochaine audience est fixée au 31 juillet 2025 à 10h00. Elle sera très attendue, car elle pourrait marquer le début réel des débats sur le fond. Le Congo entre dans une phase délicate où justice, mémoire, vérité et stabilité politique seront étroitement liés. Le procès Kabila n’est pas seulement judiciaire : il est aussi un miroir tendu à l’histoire récente du pays.

Teddy Gile

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