Face à une vague de manifestations antigouvernementales qui secoue le Kenya depuis juin, le président William Ruto a durci le ton en ordonnant aux forces de l’ordre de tirer dans les jambes des manifestants violents, plutôt que de les tuer. Cette directive intervient après des affrontements meurtriers ayant fait au moins 31 morts lors des manifestations du 7 juillet, connues sous le nom de « Saba Saba », et un total de 51 décès depuis le début des troubles.
Les manifestations, initialement déclenchées par des hausses d’impôts proposées en 2024, se sont transformées en un mouvement plus large dénonçant la stagnation économique, la corruption et les violences policières. La mort en détention du blogueur Albert Ojwang en juin a ravivé la colère publique, notamment parmi les jeunes mobilisés via les réseaux sociaux.
Le président Ruto a défendu sa directive en affirmant que toute attaque contre les forces de sécurité équivaut à une déclaration de guerre contre le pays. Il a également accusé ses opposants politiques de tenter de le renverser par des moyens non constitutionnels, appelant à attendre les élections générales de 2027.
Cette position a suscité de vives critiques de la part de l’opposition et des organisations de défense des droits de l’homme. Le leader de l’opposition Kalonzo Musyoka a qualifié les propos du président d’inconstitutionnels et a appelé à sa démission ou à sa destitution. Le Kenya National Commission on Human Rights a exprimé sa profonde inquiétude face à l’utilisation de munitions réelles contre les manifestants.
Des incidents tragiques ont été rapportés, notamment la mort d’une fillette de 12 ans touchée par une balle perdue à son domicile à Kiambu. Des hôpitaux ont également été attaqués, avec du matériel médical volé et du personnel harcelé.
La Commission nationale des droits de l’homme a documenté des cas de pillages et de destructions de biens publics et privés.
Le ministre de l’Intérieur, Kipchumba Murkomen, a qualifié les manifestations de tentative de coup d’État et a accusé des anarchistes criminels d’être à l’origine des violences. Cependant, ses déclarations, perçues comme encourageant l’usage de la force létale, ont été largement condamnées, y compris par des membres du gouvernement.
Alors que la tension reste vive, des appels à la retenue et au dialogue se multiplient. La communauté internationale, y compris l’ONU, a exhorté le gouvernement kenyan à respecter les droits de l’homme et à mener des enquêtes indépendantes sur les violences policières. Les jeunes manifestants, déterminés à obtenir des réformes, continuent de défier les autorités, malgré les risques encourus.
Teddy Gile




