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Pourquoi Jacques Kyabula, Gouverneur du Haut-Katanga, est convoqué toute affaire cessante à Kinshasa

Lors d’un meeting tenu à Lubumbashi ce week-end, le Gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula, a déclenché une véritable tempête politique en déclarant : « La guerre dans l’Est, c’est Kagame, pas Kabila ni Nangaa. Qu’on se concentre d’abord sur lui. » Une sortie publique aussi directe que polémique, qui n’a pas tardé à faire réagir les hautes sphères du pouvoir.

Quelques heures seulement après ce discours, une convocation officielle lui a été adressée par Kinshasa. Officiellement, il s’agit d’une « consultation urgente », mais en coulisse, plusieurs sources indiquent qu’il est reproché à Kyabula d’avoir « blanchi » Joseph Kabila et Corneille Nangaa, tous deux soupçonnés par certains membres de l’Union sacrée de collusion avec les forces du M23.

Dans une Union sacrée déjà fracturée par les ambitions internes et les luttes d’influence, cette prise de position publique du gouverneur passe mal. Certains y voient une tentative de se positionner politiquement en se démarquant d’un discours plus musclé tenu par Kinshasa contre les « traîtres de l’intérieur ».

Kyabula, jusque-là discret et loyal au régime de Félix Tshisekedi, semble vouloir prendre de la hauteur, quitte à provoquer. Sa convocation à Kinshasa vise à recadrer un gouverneur qui, selon plusieurs proches du pouvoir, aurait « franchi la ligne rouge » en intervenant dans un débat aussi sensible.

Du côté de ses partisans au Katanga, on salue au contraire un discours lucide et courageux. « Il a dit ce que tout le monde pense : le vrai problème, c’est Kagame, pas nos querelles internes », défend un cadre de son entourage. Mais cette posture, même applaudie localement, agace dans les hautes sphères nationales.

Reste à savoir si cette convocation servira à calmer les tensions ou à sceller un isolement politique progressif de Jacques Kyabula. Quoi qu’il en soit, cette affaire révèle à nouveau combien la question de l’Est est devenue le nerf de la politique congolaise.

Et au moment où le pays cherche à parler d’une seule voix face à l’agression du M23 et du Rwanda, chaque mot compte. Jacques Kyabula vient d’en faire l’amère expérience.

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