Paul Biya, président du Cameroun depuis que certains jeunes électeurs n’étaient même pas projetés par leurs parents, a un rêve : faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035. Jusque-là, rien de nouveau sous le soleil d’Afrique centrale, sauf que le capitaine du navire aura alors… 102 ans. Et si le monde s’émerveille devant les prouesses de l’intelligence artificielle, le Cameroun, lui, mise sur la longévité présidentielle.
À 91 ans, Paul Biya n’est pas du genre à raccrocher le micro. Il préfère penser « long terme », quitte à défier les lois de la biologie et de la démocratie. Après tout, pourquoi changer une équipe qui dort ? Son ambition pour 2035 ? Transformer le Cameroun en locomotive régionale, tout en gardant la conduite à une vitesse de tortue savamment dosée.
Les discours officiels évoquent des projets structurants, des infrastructures modernes, des industries locales dynamiques. Mais sur le terrain, les Camerounais, eux, traversent encore des ponts en bois branlants et font la queue pour un document administratif pendant trois générations. Une émergence qui ressemble plus à un mirage entretenu par la climatisation des salons ministériels.
Ce projet de société à 2035 suscite quand même de l’espoir… surtout chez les vendeurs de calendriers et les astrologues. Certains analystes évoquent déjà un « miracle Biya », une sorte d’émergence spirituelle où le développement ne se voit pas, mais se ressent. Peut-être dans les rêves.
L’opposition, elle, reste sceptique. Elle se demande si, en 2035, le président tiendra ses promesses ou son fauteuil. Certains Camerounais plus taquins espèrent que d’ici là, le pays aura au moins émergé de l’état d’attente permanente. Mais avec Biya, le temps est élastique et la transition démocratique un concept purement décoratif.
L’Émergence made in Biya, c’est un peu comme la ligne 7 du métro de Yaoundé : elle est sur les plans depuis 1992, mais personne ne l’a jamais vue. Le Cameroun continue à croire, malgré les coupures d’électricité, les scandales de corruption et les jeunes diplômés devenus chauffeurs de moto-taxi par nécessité.
Mais à défaut d’émergence, Paul Biya aura réussi un exploit rare : tenir un pays d’une main ferme (quoique tremblante) pendant plus de quatre décennies. Et ça, même les dictateurs les plus endurcis n’en reviennent pas. Alors, oui, peut-être qu’en 2035, le Cameroun émergera. Mais pour savoir où, il faudra sans doute consulter le testament politique du centenaire.




