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2 juin 1966 : Les Martyrs de la Pentecôte, un passé qui continue de hanter le Congo

Le 2 juin 1966, au lendemain d’une Pentecôte pesante, Kinshasa se réveille dans l’horreur. Quatre hommes — Évariste Kimba, Jérôme Anany, Emmanuel Bamba et Alexandre Mahamba — sont pendus en place publique, accusés d’un coup d’État contre le président Mobutu. Ce jour-là, la République démocratique du Congo enterre non seulement des opposants, mais aussi l’espoir d’une démocratie naissante.

Ces hommes n’étaient pas de simples contestataires. Ils étaient d’anciens ministres, figures respectées du pouvoir civil. Leur mise à mort, cruelle et spectaculaire — les yeux crevés, les corps suspendus devant une foule choquée — était un avertissement brutal : toute opposition se paierait au prix fort. L’État de droit fut remplacé par l’État de peur.

Aujourd’hui, plus d’un demi-siècle plus tard, les pendaisons ont disparu, mais les méthodes d’élimination politique se sont modernisées. Arrestations arbitraires, poursuites judiciaires ciblées, campagnes de diffamation… La justice devient parfois un outil de règlement de comptes. L’ambiance rappelle que l’on peut tuer sans corde, mais pas sans calcul.

Les figures d’hier accusées de complot sont aujourd’hui remplacées par celles accusées de détournement. Ministres, députés, gouverneurs — tous exposés aux projecteurs de la « lutte contre la corruption », mais dans un décor où l’opinion peine à distinguer la justice de l’instrumentalisation politique.

Le peuple, comme en 1966, observe avec une inquiétude croissante. Le sentiment d’impunité au sommet et de répression sélective en bas crée un climat délétère. L’Histoire semble tourner en boucle, offrant des visages neufs à de vieux mécanismes de domination.

Ce parallèle entre les Martyrs de la Pentecôte et les tensions actuelles n’est pas fortuit. Il souligne une vérité gênante : la République n’a toujours pas réglé sa relation avec le pouvoir, la justice et la mémoire. Les leçons de l’Histoire ont été lues, mais rarement comprises.

Les Martyrs de 1966 avaient été présentés comme des traîtres. Aujourd’hui, certains dénoncent des « ennemis de la République » à chaque contradiction. On change les termes, pas la logique. Le Congo n’a pas besoin d’un retour à la corde, mais d’un retour au droit.

À l’heure où le pays se cherche entre ouverture démocratique et tentations autoritaires, le souvenir de Kimba et de ses compagnons doit nous alerter : une nation sans mémoire est une nation en danger. Et un pouvoir qui redoute la contradiction finira toujours par craindre son propre peuple.

Teddy Gile

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